À deux jours de la clôture de la période de confirmation, la participation de la République démocratique du Congo à la première Coupe d’Afrique des Nations de Football des Sourds reste incertaine. Une situation qui relance le débat sur la prise en charge des sportifs vivant avec handicap.
La République démocratique du Congo est officiellement invitée à prendre part à la première édition de la Coupe d’Afrique des Nations de Football des Sourds (DAFCON), prévue du 30 novembre au 13 décembre 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Mais à quelques heures de l’échéance fixée par les organisateurs, le silence des autorités congolaises inquiète.
Dans une correspondance datée du 17 juillet 2026 adressée au président de la commission pour la promotion du football en RDC, la Confédération Africaine de Football des Sourds (CAFS) a confirmé l’invitation des Léopards Football Sourds à cette compétition historique. La RDC doit confirmer sa participation au plus tard le 30 septembre 2026, selon les informations communiquées aux responsables concernés.
Cette première CAN des sourds constitue également un tournoi qualificatif africain pour les prochaines compétitions internationales de la discipline. Pour la communauté sourde congolaise, l’enjeu dépasse donc largement le cadre sportif. Il s’agit d’une vitrine continentale permettant de donner davantage de visibilité à des athlètes qui évoluent trop souvent dans l’ombre.
Une invitation qui attend toujours une réponse
Selon une source interne contactée par Le Tremplin, le ministère des Sports aurait été saisi depuis le 12 août dernier, avec copie adressée au ministère en charge des Personnes vivant avec handicap. Mais aucune suite concrète n’aurait, à ce jour, été communiquée aux responsables de la sélection.
C’est depuis le 12 août dernier que le ministère des Sports a été informé, avec copie pour information au ministère des Personnes vivant avec handicap, mais aucune réaction. Aujourd’hui, il ne reste que deux jours pour confirmer la participation ou pas de la RDC à la CAN des sourds , regrette cette source sous couvert d’anonymat.
La situation serait devenue particulièrement préoccupante. Des sources internes rapportent que l’un des responsables des Léopards sourds, lui-même sourd, a été hospitalisé ce mardi, dans un contexte de forte tension liée à l’absence de réponse des autorités sur le dossier de participation à cette compétition continentale.
Les sportifs sourds et aveugles encore relégués au second plan ?
Au-delà de ce cas précis, cette situation remet sur la table la question du traitement réservé aux sportifs vivant avec handicap en République démocratique du Congo. Les sportifs sourds et les sportifs aveugles ont, à plusieurs reprises, porté les couleurs nationales dans des compétitions internationales, souvent avec des moyens limités et un accompagnement institutionnel jugé insuffisant par leurs encadrements.
Les Léopards Football Sourds, notamment, disposent pourtant d'un palmarès qui mérite considération. La sélection congolaise est détentrice de la Coupe de la SADC, une performance réalisée dans un environnement où le soutien public n'a pas toujours été à la hauteur des ambitions de ces athlètes.
La question qui se pose aujourd'hui est donc simple : comment prétendre promouvoir l’inclusion et l’égalité des chances tout en laissant une sélection nationale attendre une réponse administrative à quelques jours d'une échéance continentale ?
Le problème ne concerne d'ailleurs pas uniquement le ministère des Sports. Le peu d'attention accordé à ces disciplines pourrait également interroger l'action du ministère ayant dans ses attributions les personnes vivant avec handicap, dont l'implication devrait être déterminante dans la défense et la promotion des droits des sportifs concernés.
Une CAN, une vitrine pour toute une communauté
À Addis-Abeba, les Léopards sourds ne représenteraient pas seulement une équipe de football. Ils porteraient la voix d'une communauté souvent confrontée à une discrimination négative et à une faible visibilité dans l'espace public.
Cette CAN pourrait offrir une occasion unique de mettre en lumière les capacités, les talents et les performances des personnes sourdes à travers toute la RDC. Laisser cette opportunité s'échapper faute de décision ou de prise en charge serait, au-delà du sport, un signal préoccupant sur la place accordée aux personnes vivant avec handicap dans les politiques publiques.
À deux jours de la clôture de la période de confirmation, les Léopards sourds attendent désormais une réponse des autorités. Le temps presse. Et pour ces athlètes, l'enjeu est bien plus grand qu'un simple déplacement à Addis-Abeba : il s'agit de défendre les couleurs de la RDC et de faire entendre, sur le terrain, la voix d'une communauté qui refuse de rester invisible.
Le Tremplin
