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RDC-Barça : faut-il encore dépenser 10 millions d’euros pour un maillot d’entraînement?

 Le débat sur le partenariat entre la République démocratique du Congo et le FC Barcelone relance une question essentielle : dans un pays qui dispose d’un important potentiel footballistique, quelle est la meilleure manière d’investir dans la promotion de son image et de son football ?


Selon des informations rapportées par El Confidencial, le FC Barcelone aurait retiré de ses maillots d’entraînement la mention « RD Congo – Cœur d’Afrique », sur fond de retards de paiement. Contacté par El Periódico, le club catalan aurait toutefois indiqué que l’accord reste en vigueur et qu’une réapparition de la publicité est attendue après la trêve internationale.


Au-delà de cette divergence entre les informations publiées, un chiffre interpelle : 10 millions d’euros seraient prévus au titre d’une tranche cette saison, dans le cadre d’un contrat global annoncé à plusieurs dizaines de millions d’euros jusqu’en 2029. C’est précisément à ce niveau que le débat congolais mérite d’être posé.

Dix millions d’euros pour quelle visibilité ?

La question n’est pas de nier la puissance médiatique du FC Barcelone. Le club catalan dispose d’une audience internationale considérable et son association avec une marque ou un pays peut offrir une visibilité que peu de plateformes peuvent égaler.

Mais la RDC doit également mesurer concrètement le retour attendu d’une telle dépense

Si plusieurs millions d’euros sont consacrés chaque saison à une visibilité essentiellement apposée sur un maillot d’entraînement, le gouvernement devrait pouvoir démontrer en quoi cette exposition produit, pour le pays, des retombées économiques, touristiques, sportives et diplomatiques proportionnelles à l’investissement. Car la RDC n’est pas dépourvue de vitrines sportives.

Et si l’investissement était dirigé vers le football congolais?

La RDC dispose de quatre représentants dans les compétitions interclubs de la CAF, ce qui constitue une plateforme directe pour promouvoir le football congolais sur le continent.


Derrière ces quatre clubs, il existe des joueurs, des entraîneurs, des infrastructures et un public. Un championnat national mieux financé pourrait permettre de conserver davantage de talents, d'améliorer la préparation des clubs et d'élever progressivement le niveau de la compétition.

La question devient alors simple : que pourrait produire le même effort financier s’il était investi dans le football national?

Une partie de ces ressources pourrait contribuer à professionnaliser les clubs, améliorer les infrastructures, renforcer la formation des jeunes, financer la préparation aux compétitions africaines et permettre aux clubs congolais de constituer des effectifs suffisamment compétitifs pour s’imposer sur la scène continentale.


Les grands clubs européens-Barcelone, Milan ou Monaco-sont eux-mêmes des clubs professionnels dont la visibilité repose sur leurs performances, leurs joueurs, leurs infrastructures et leur capacité commerciale. Les clubs congolais peuvent également devenir des vecteurs puissants de visibilité nationale, à condition que les moyens et les structures suivent.

Le véritable enjeu : construire une marque  "RDC"

La promotion internationale d’un pays ne devrait peut-être pas reposer uniquement sur l’achat d’espace publicitaire auprès de grandes institutions sportives étrangères.


Elle peut également passer par la construction d’un écosystème sportif congolais capable de produire lui-même de la visibilité.


Imagine-t-on un championnat national suffisamment compétitif pour attirer les regards africains ? Des clubs congolais régulièrement présents dans les phases avancées des compétitions de la CAF ? Des académies produisant des talents exportables ? Des stades modernes et remplis ? Une véritable industrie autour du football ? Si ces conditions étaient réunies, les clubs congolais deviendraient eux-mêmes des ambassadeurs de la RDC.

Le choix de l’investissement mérite donc d’être interrogé

Le débat ne devrait donc pas se limiter à la question de savoir si le FC Barcelone doit continuer ou non à afficher "RD Congo-Cœur d’Afrique".

Il devrait porter sur l’efficacité de chaque dollar public investi dans la promotion du pays.


Si 10 millions d’euros peuvent être mobilisés pour une campagne de visibilité internationale, le gouvernement pourrait également être appelé à expliquer pourquoi des moyens comparables ne pourraient pas être consacrés au championnat national et aux clubs engagés dans les compétitions africaines.


Le football congolais possède déjà une audience, une histoire et un potentiel. Ce qui lui manque souvent, ce sont les moyens permettant de transformer ce potentiel en performances durables. La RDC peut choisir d’acheter de la visibilité à l’extérieur. Elle peut aussi investir pour produire elle-même cette visibilité.

C’est là que se situe le véritable débat

À terme, l’ambition ne devrait pas seulement être de voir le nom de la RDC apparaître sur le maillot d’entraînement d’un grand club européen. Elle pourrait être de faire en sorte que les performances des clubs congolais, les talents formés au pays et la qualité du championnat suffisent à placer naturellement la RDC sous les projecteurs du football africain et international.


Le débat sur les 10 millions d’euros n’est donc pas uniquement un débat sur Barcelone. C’est un débat sur la stratégie sportive de la RDC et sur la manière dont elle choisit d’investir dans son propre potentiel.


Charles Masudi 

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