À l’approche de l’entrée en vigueur de l’obligation de recourir aux moyens scripturaux pour les transactions en devises, le Centre d’études sur la Gouvernance financière et la transparence (CEGFT) appelle la Banque centrale du Congo (BCC) à accélérer la mise en œuvre de l’Instruction n°58 du 4 septembre 2024.
Kinshasa, 29 septembre 2026. Le paysage des paiements mobiles en République démocratique du Congo reste marqué par la fragmentation des réseaux. Les transferts entre opérateurs ne sont pas encore pleinement fluides, les commissions diffèrent selon les plateformes et les opérations de conversion entre le franc congolais et le dollar manquent parfois de lisibilité.
Face à cette situation, le CEGFT invite la BCC à prendre des mesures concrètes pour rendre effective l’interopérabilité prévue par l’Instruction n°58. Celle-ci prévoit notamment l’interconnexion des banques, institutions de microfinance, fintechs et établissements de monnaie électronique au Switch Monétique National "Mosolo".
L’enjeu est d’autant plus important qu’à partir du 9 avril 2027, les transactions en devises devront être effectuées par des moyens scripturaux, notamment par virement, carte bancaire ou mobile money. Pour le CEGFT, le maintien de systèmes cloisonnés, coûteux ou peu transparents pourrait favoriser le recours persistant au cash et aux circuits informels.
Six mesures sur la table
Pour accompagner cette transition, le Centre propose six mesures à la BCC.
Il recommande d’abord de renforcer l’application de l’Instruction n°58, notamment à travers une circulaire de rappel, un calendrier de mise en conformité, la publication de la liste des institutions connectées au Switch et l’application de sanctions graduées.
Le CEGFT préconise ensuite de garantir les transferts entre opérateurs de mobile money avec un niveau de simplicité, de rapidité et de disponibilité comparable aux transferts effectués au sein d’un même réseau.
Autre proposition : instaurer un plafond uniforme des commissions sur les transferts interopérables, avec affichage préalable des frais avant validation de l’opération et interdiction des frais non explicitement communiqués.
Le Centre plaide également pour davantage de transparence sur les taux de change, avec la communication d’un taux de référence et l’instauration d’une marge maximale par rapport au taux officiel.
Il propose par ailleurs la mise en place d’un standard QR national interopérable pour faciliter les paiements auprès des commerçants.
Enfin, le CEGFT suggère à la BCC de publier un tableau de bord trimestriel permettant de suivre le volume des transactions interopérables, leur taux de réussite, les frais moyens, la disponibilité des services ainsi que les délais de règlement des litiges.
Le modèle cambodgien cité en exemple
Pour illustrer les possibilités d’une interopérabilité accrue, le CEGFT cite l’expérience du Cambodge, également confronté à une forte circulation du dollar. Le pays s’est notamment appuyé sur le système Bakong et le standard de paiement QR KHQR.
Selon la presse spécialisée citée par le Centre, 63 institutions financières étaient connectées à ce système et plus de 1,3 milliard de transactions y ont été traitées en 2025.
Une mise en œuvre progressive proposée
Le CEGFT propose un calendrier en trois temps : une circulaire de rappel et un audit de conformité d’ici fin 2026, une généralisation de la connexion au Switch ainsi qu’un plafonnement pilote des commissions entre janvier et mars 2027, puis une première évaluation au second semestre 2027.
Le Centre dit toutefois tenir compte des contraintes auxquelles sont confrontés les opérateurs, notamment les investissements nécessaires, la cybersécurité et la couverture du réseau.
Il recommande ainsi une mise en œuvre progressive, tout en préservant les services USSD et les réseaux d’agents, particulièrement importants pour l’accès aux services financiers.
À travers ces propositions, le CEGFT affirme vouloir favoriser un cadre commun et prévisible entre le régulateur et les opérateurs, plutôt que les opposer. Le Centre se dit disposé à participer à une concertation technique avec la BCC et les différents acteurs du secteur.
Créé en novembre 2024, le Centre d’études sur la Gouvernance financière et la transparence (CEGFT) se présente comme une structure indépendante spécialisée dans l’analyse des enjeux économiques, financiers et de gouvernance en RDC.
Idi Ndarabu
Coordonnateur du CEGFT
