Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation emblématique de l’ère Joseph Kabila, n’a jamais semblé aussi proche de disparaître du paysage politique congolais. Le procureur général près le Conseil d’État, Mukolo Nkokesha Jean-Paul, a officiellement saisi la haute juridiction administrative pour en solliciter la dissolution, en s’appuyant sur l’article 29 de la loi sur les partis politiques.
Une offensive politique assumée
Pour l’opposition, cette initiative n’a rien d’un hasard. Elle découlerait d’une "instruction du président Félix Tshisekedi" transmise via le vice-Premier ministre de l’Intérieur. Une manière de sceller, juridiquement cette fois, la rupture avec le système Kabila et de solder les comptes avec un parti longtemps considéré comme l’ossature de l’ancien régime.
Dans son réquisitoire, le procureur adopte un ton sans détour :“Plaise au Conseil d’État de déclarer recevable et fondé le présent réquisitoire, et de prononcer la dissolution du PPRD.” Une formule solennelle qui sonne comme l’annonce d’une fin programmée pour un parti qui régna près de deux décennies sur la politique congolaise.
Les griefs : atteinte à l’unité nationale et violation des textes
Pour le magistrat, le PPRD aurait franchi la “ligne rouge” à travers des positions et des actes constituant, selon lui, des atteintes à l’unité nationale. Les accusations visent directement Joseph Kabila et ses prises de position depuis la reprise de l’offensive Rwanda-M23 dans l’est du pays. Le réquisitoire cite notamment : l’interview du 23 février 2025, où Kabila aurait minimisé les crimes imputés au M23/AFC ; le discours du 23 mai 2025, décrit comme complaisant envers les revendications rebelles ; la visite du 27 mai 2025 au camp de Rumangabo, à l’époque sous contrôle M23/AFC.
Des gestes perçus comme une entorse au devoir de réserve auquel reste soumis tout ancien président de la République. Le procureur va plus loin : “son comportement représente une violation flagrante des obligations qui lui incombent”.
Un réseau d’influences dans la tourmente
Au-delà de l’ancien chef de l’État, plusieurs cadres du PPRD sont aussi visés. Le réquisitoire évoque une “collision manifeste” entre certains dirigeants et le mouvement rebelle.
Parmi les déclarations incriminées :
Aubin Minaku, lors de son investiture le 26 février 2025 : “Il faut être prêt à tout… maintenant c’est le moment des actions ouvertes, je m’assume.” Une phrase interprétée, à la lumière des combats, comme un appel à la confrontation.
Kikaya bin Karubi, le 16 juin 2025 : “Les objectifs du M23 et ceux de Joseph Kabila ne sont pas en pleine contradiction.” Une proximité idéologique jugée inacceptable par le procureur. Le magistrat s’interroge d’ailleurs : “Comment un parti qui glorifiait autrefois la défaite du M23 peut-il aujourd’hui devenir le chantre des anti-valeurs ?”
Une conclusion sévère, qui place le PPRD face à une accusation collective.
Procès politique ou rupture historique ?
Pour le ministère public, les actes reprochés au PPRD relèvent d’une atteinte à la souveraineté nationale, fondement même de la Constitution. Il invoque aussi l’article 6 de la loi sur les partis politiques, interdisant toute activité “militaire, paramilitaire ou assimilée”.
Cette procédure intervient dans un contexte judiciaire déjà lourd. Le 30 septembre 2025, Joseph Kabila a été condamné par contumace à la peine de mort pour “crimes de guerre” et “ trahison”, après avoir été reconnu comme dirigeant de la coalition armée AFC/M23.
Il a également été astreint au paiement de plus de 33 milliards de dollars de réparations en faveur de l’État, des provinces du Nord et Sud-Kivu et de plusieurs associations de victimes.
Cette condamnation historique sert désormais de toile de fond à un autre moment inédit : la possible disparition, devant la loi, du parti fondé par Kabila.
Le Tremplin