La crise qui secoue le diocèse catholique de Kasongo continue de susciter indignation et mobilisation. Réunis à Kinshasa, les jeunes et enfants des enseignants du diocèse de Kasongo sont sortis de leur silence pour dénoncer ce qu’ils qualifient de retenues illégales et de détournements systématiques des salaires de leurs parents, perpétrés depuis 2021 dans une impunité qu’ils jugent alarmante.
Dans une déclaration rendue publique ce mercredi, ces jeunes accusent trois agents chargés de la paie des enseignants, engagés par la Caritas Développement du diocèse, d’avoir opéré, sans consentement préalable, des retenues mensuelles sur les salaires, primes de gratuité et frais de fonctionnement des écoles. Ces agents agiraient, selon eux, sous l’autorité du directeur de la Caritas Développement, le Vicaire général Mgr Jean-Paul Saidi, lui-même placé sous l’autorité de l’évêque du diocèse, Mgr Placide Lubamba Ndjibu.
Une affaire ancienne, jamais élucidée
Les signataires rappellent que dès 2020, la société civile forces vives du territoire de Kasongo avait déjà saisi le Procureur général près la Cour de cassation à Kinshasa pour dénoncer des faits similaires. Si l’évêque de Kasongo avait été interpellé et entendu par la police judiciaire, aucune suite judiciaire n’a, à ce jour, été donnée.
La situation s’est aggravée entre juillet et novembre 2025, période durant laquelle les enseignants affirment n’avoir perçu qu’une partie de leurs émoluments. Face à cette précarité persistante, les responsables des réseaux d’enseignement de Kasongo et de Kabambare ont déclenché, début janvier 2026, une grève générale, accompagnée de dénonciations médiatiques.
Des faits reconnus lors d’une réunion officielle
Un élément clé du dossier reste la réunion du 14 janvier 2026 à Kasongo, ayant réuni les chefs d’établissements des écoles conventionnées catholiques autour de l’évêque. Selon le procès-verbal de cette rencontre, les trois agents payeurs auraient effectivement retenu, pendant plusieurs mois, des montants sur les salaires des enseignants, sans transparence sur les sommes réellement dues.
Si les chefs d’établissements ont proposé le remplacement de ces agents à partir de janvier 2026, aucune décision n’a été prise pour les traduire en justice, une omission que les enfants des enseignants jugent inacceptable. Ils estiment que cette attitude engage la responsabilité morale et administrative de la hiérarchie diocésaine, qu’ils accusent de complicité.
Des justifications rejetées
Le diocèse évoque des retards de paiement imputés à la banque catholique IFOD et au gouvernement central. Un argument rejeté par les déclarants, qui soutiennent que les retenues s’effectuaient automatiquement chaque fin de mois sur les téléphones des enseignants, indépendamment de ces prétendus retards.
Trois recommandations fortes
Face à la gravité des faits, les enfants des enseignants formulent trois principales recommandations :
L’ouverture urgente d’enquêtes judiciaires par les parquets compétents du Maniema et de Kasongo contre les personnes citées ;
L’implication politique des autorités provinciales du Maniema, afin que les enseignants soient rétablis dans leurs droits ;
Le retrait, dès février 2026, de la mission de paiement des salaires à la Caritas du diocèse de Kasongo, au profit d’une institution crédible ou d’un service étatique.
Au-delà des revendications salariales, cette affaire relance le débat sur la gestion des fonds publics et de la gratuité de l’enseignement, une réforme phare voulue par le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour garantir l’accès à l’éducation en République démocratique du Congo.
Le Tremplin