Une nouvelle étape vient d’être franchie dans les relations déjà tendues entre le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Shabani Lukoo Bihango Jacquemain, et le gouverneur de la Ville de Kinshasa, Daniel Bumba. La correspondance officielle datée du 13 novembre 2025, annonçant une vaste mission de contrôle de l’Inspection Générale de la Territoriale (IGTER), s’inscrit dans un feuilleton qui ne cesse de s’allonger.
Un feuilleton né des pluies diluviennes d’avril
L’origine de la tension actuelle remonte à avril dernier, lorsque des pluies diluviennes avaient provoqué une crise humanitaire d’envergure à Kinshasa. Plusieurs milliers de ménages, sinistrés et sans abri, avaient été installés provisoirement dans des sites d’hébergement mis à disposition par les autorités.
Alors que le gouvernement central s’était félicité, lors de la 55ᵉ réunion du Conseil des ministres, du bon déroulement de la désactivation de ces sites, des plaintes des sinistrés ont rapidement refait surface. Une partie d’entre eux contestait les conditions de prise en charge et les modalités de distribution des aides.
Face à ces doléances, le VPM Jacquemain Shabani a exigé du Gouverneur Bumba un rapport détaillé sur la gestion des fonds alloués à l’opération humanitaire, lui donnant un délai de 48 heures. Une demande à laquelle Daniel Bumba a répondu en se dégageant de toute responsabilité directe. Il a rappelé que la gestion des fonds relevait d’une commission ad hoc interinstitutionnelle placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.
Selon le gouverneur, la Ville-Province de Kinshasa n’aurait joué qu’un rôle de participation, par l’entremise de son ministre provincial de la Santé, aux côtés de la Présidence, de la Primature, du ministère des Affaires sociales, du ministère de l’Environnement, de la CPAU et de plusieurs autres institutions nationales.
La Cellule permanente d’alerte et d’urgence (CPAU) et les services des finances du ministère de l’Intérieur étant responsables du rapport final, Bumba soutient que Kinshasa ne pourra fournir ses éléments qu’une fois ce rapport consolidé. Une réponse qui, loin de clore le débat, a alimenté la controverse.
Sur le terrain, la Voix des Sans-Voix (VSV) a constaté ce que les sinistrés décrivent comme un abandon total, après avoir été déplacés successivement de la Cité de l’Union africaine vers le Palais du Peuple, puis dispersés à nouveau. Des témoignages évoquent des distributions inégales d’indemnités, entre 150 000 francs congolais et 1000 dollars, et des anomalies dans les listes des bénéficiaires.
Le gouvernement central, quant à lui, avait annoncé que 5300 ménages avaient été effectivement aidés, soit plus que les 4 219 initialement prévus. Ce climat tendu constitue la toile de fond du nouveau développement.
Une mission aux allures de diagnostic général
Dans sa récente correspondance, le VPM Shabani annonce la diligence d’une mission de contrôle exhaustive, menée par l’IGTER avec l’appui d’experts du Secrétariat Général aux Finances et de la DGTCP. Cette mission devra notamment : Vérifier la gestion des ressources financières de la Ville de Kinshasa, de 2024 à ce jour ; Contrôler les procédures et l’exécution des marchés publics ; Identifier les réalisations et évaluer l’état d’avancement des travaux sur l’ensemble de la Ville-Province. Le patron de la territoriale demande au gouverneur d’instruire ses services afin d’assurer un accueil optimal à la délégation.
Un cadre légal rappelé avec insistance
La lettre du VPM cite expressément les articles 4, 5 et 19 du Décret n°19/13 du 16 mai 2019, qui encadrent les prérogatives de l’Inspection Générale de la Territoriale en matière d’audit administratif et financier. Un rappel perçu par certains observateurs comme une manière de souligner le caractère obligatoire de ce contrôle, dans un contexte où les deux personnalités se sont déjà opposées sur la responsabilité de la gestion des fonds publics.
Un épisode de plus dans un “ping-pong institutionnel”
Le bras de fer entre Shabani et Bumba ne date pas de cette mission. Depuis quelques jours, leurs échanges ont été marqués par des correspondances croisées, des clarifications publiques et des mises au point successives.
La gestion de la crise humanitaire, l’attribution des responsabilités, la transparence financière et la mise en œuvre des marchés publics constituent les principaux points de friction.
Chaque initiative de l’un semble susciter une réaction de l’autre, donnant l’impression d’un ping-pong institutionnel permanent, dans lequel chacun défend sa lecture des faits et de ses prérogatives.
Vers une clarification… ou vers une escalade ?
Cette nouvelle mission de contrôle, bien que présentée sous le sceau de la “parfaite collaboration”, intervient dans un climat chargé.
Reste à savoir si elle permettra de clarifier la gestion de la capitale ou si elle intensifiera les tensions entre le VPM Shabani et le gouverneur Bumba.
Pour l’heure, le gouverneur est appelé à coopérer pleinement, tandis que l’opinion attend les conclusions d’un audit qui pourrait peser lourd dans la gouvernance de Kinshasa.
Le Tremplin