Alors qu’une action disciplinaire est officiellement engagée contre le Directeur général de l’Office Congolais de Contrôle (OCC), les travailleurs de cet établissement public sortent de leur réserve. Dans une lettre ouverte adressée au ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, ils saluent une initiative qu’ils jugent salutaire, tout en dressant un réquisitoire sévère contre une gestion qu’ils estiment marquée par des irrégularités graves, un déséquilibre financier préoccupant et un malaise social persistant. Le Tremplin publie, in extenso, cette lettre qui sonne comme un cri d’alarme au sommet de l’État.
LETTRE OUVERTE DES TRAVAILLEURS DE L’OCC
À L’ATTENTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MINISTRE DU COMMERCE EXTÉRIEUR, JULIEN PALUKU KAHONGYA.
Excellence Monsieur le Ministre,
C’est avec satisfaction que les travailleurs de l’Office Congolais de Contrôle ont pris connaissance de votre correspondance portant ouverture d’une action disciplinaire à charge du Directeur Général de l’OCC. Nous vous exprimons, à cet égard, notre reconnaissance pour cette démarche qui redonne espoir au personnel quant au rétablissement de la légalité et de la justice administrative au sein de notre établissement.
Excellence Monsieur le Ministre,
les faits reprochés au Directeur Général sont sérieux, fondés et vérifiables. Il suffirait, à titre illustratif, de procéder à l’audition des responsables du Département du Contrôle à l’Importation afin de mesurer l’ampleur et la gravité de la situation. De l’avis général des travailleurs, des pratiques irrégulières inédites depuis la création de l’OCC se sont installées, traduisant l’existence de réseaux organisés préjudiciables aux intérêts de l’Office.
Sous la gestion de Monsieur Étienne TSHIMANGA MUTOMBO, l’OCC a connu une dégradation sans précédent de son équilibre financier et organisationnel, notamment à travers :
- l’engagement massif et non maîtrisé d’agents ;
- l’octroi sélectif, excessif et irrégulier de grades, principalement en faveur des agents nouvellement engagés.
Excellence Monsieur le Ministre,
Il est particulièrement préoccupant de constater que des agents ont été engagés directement aux grades de commandement et de direction, alors que plusieurs d’entre eux ne disposent pas des qualifications académiques requises et ne prestent pas effectivement leurs services. Cette situation affecte gravement la crédibilité de l’Office et alourdit dangereusement la masse salariale.
Nous tenons à souligner qu’aucune réforme sérieuse ni aucun redressement financier de l’OCC ne sauraient être envisagés tant que les grades octroyés en violation des résolutions de la Commission mixte des grades, que vous aviez instituée, ne seront pas annulés. À ce jour, l’Office compte une proportion excessivement élevée de cadres par rapport aux agents d’exécution, ce qui impacte négativement tant la masse salariale que la réalisation des objectifs assignés à l’OCC.
Excellence Monsieur le Ministre,
S’agissant des griefs relatifs à la circulation de fausses Attestations de Vérification (AV) sur le logiciel D.A.U., il convient de relever que ces dysfonctionnements engagent également les responsabilités du Département du Contrôle à l’Importation (DCI) et du Département des Systèmes d’Information (DSI).
Les pratiques observées sur le terrain, notamment en connivence avec certains déclarants en douane et des agents impliqués dans les opérations de contrôle, constituent un système organisé qui occasionne des pertes financières considérables au détriment de l’OCC. Plusieurs services opérationnels, notamment ceux intervenant dans l’échantillonnage, l’inspection des produits, le service contrôle avant embarquement(CAE), le service contrôle à l’arrivée(CA) ainsi que le service suivi des marchandises, sont régulièrement cités dans ces dérives.
À ce jour, le 30 janvier 2026, plusieurs entités de l’OCC n’ont toujours pas perçu le salaire du mois de décembre, situation qui accentue le malaise social et la précarité des travailleurs.
En conséquence, nous insistons respectueusement sur la nécessité :
- d’annuler tous les grades irrégulièrement octroyés par le Président du Conseil d’Administration, Monsieur Fortunat NDAMBO, et par le Directeur Général, Monsieur Étienne TSHIMANGA MUTOMBO ;
- de poursuivre l’action disciplinaire engagée jusqu’à son terme, dans le strict respect des lois et règlements en vigueur.
Les travailleurs de l’OCC demeurent attentifs à l’évolution de cette procédure et placent leur confiance en votre sens élevé de responsabilité et de justice.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Ministre, l’expression de notre profond respect.
Fait à Kinshasa, le 30 janvier 2026.
LES TRAVAILLEURS DE L’OFFICE CONGOLAIS DE CONTRÔLE (OCC)