Modeste Bahati Lukwebo sort de sa réserve. Face à la presse ce mercredi, le deuxième vice-président du Sénat a pris position sans détour contre le débat sur la révision constitutionnelle, tout en dénonçant ce qu’il qualifie de manœuvres de déstabilisation à son encontre.
Opposé à toute modification de la Loi fondamentale dans le contexte actuel, le leader politique estime que le pays fait fausse route.
Il ne faut pas être hypocrite. Quand on aime son chef, on lui dit la vérité », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes.
Pour lui, invoquer l’obsolescence de la Constitution 17 ans après son adoption ne repose sur aucun fondement sérieux. "Il ne suffit pas de dire que la Constitution est dépassée 17 ans après. C’est quelle théorie scientifique ?", s’est-il interrogé.
Dans une réflexion à haute voix, le leader de l’AFDC et Alliés a poussé plus loin son raisonnement : comment peut-on considérer qu’une Constitution de moins de vingt ans serait "dépassée", dans un pays où, selon lui, même des adultes de 70 ans ne font pas toujours preuve de maturité politique ? Une manière pour lui de souligner que le problème ne résiderait pas dans l’âge du texte fondamental, mais dans le comportement des acteurs chargés de l’appliquer.
Bahati Lukwebo dit également ne pas comprendre l’attitude de certains acteurs politiques qu’il qualifie de "géniteurs" de la Constitution. "Ceux qui se disent géniteurs, ceux qui devraient protéger cette Constitution, disent aujourd’hui le contraire", déplore-t-il.
Une levée de boucliers immédiate
À peine sa position rendue publique, des messages de diabolisation ont commencé à circuler, notamment sur les réseaux sociaux. Des extrémistes agissant au nom du pouvoir, sans mandat légal ni légitimité institutionnelle, l’accusent déjà de s’opposer au Chef de l’État.
Une lecture que l’intéressé rejette catégoriquement. Il affirme rester loyal au Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, tout en revendiquant son droit à exprimer une opinion sur un débat d’intérêt national.
Le paradoxe est qu’au moment où nous sommes gravement affectés par cette guerre, des malins, des jaloux, de faux renseignements, des flatteurs et des courtisans s’emploient à me diaboliser à Kinshasa, à me prêter des intentions que je n’ai pas , a-t-il déclaré.
Accusations “fausses et infondées”
Le sénateur a également dénoncé un rapport qu’il juge mensonger. Selon lui, le Directeur général de la BRALIMA Kinshasa aurait adressé au Directeur de cabinet du Chef de l’État un document le présentant comme actionnaire dans une société ayant racheté la succursale de la BRALIMA Bukavu.
Cette information est fausse et infondée et j’ai décidé de saisir la justice pour rétablir mon honneur et ma réputation , a-t-il affirmé.
Bahati Lukwebo rappelle qu’il est lui-même victime de la guerre dans l’Est du pays. "Comment peut-on imaginer que moi qui suis victime des affres de l’agression à l’Est du pays, où j’ai perdu plusieurs personnes proches et dont tout mon patrimoine est systématiquement ravi, occupé de force par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda (…) que je puisse composer avec mes bourreaux ?", s’indigne-t-il.
Guerre à l’Est et débat constitutionnel
Sur le plan sécuritaire, il met en garde contre toute lecture complaisante du cessez-le-feu. "Lorsque l’on observe le cessez-le-feu, chaque camp garde sa position. Or aujourd’hui, une bonne partie de notre territoire au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est occupée et administrée par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda", a-t-il rappelé.
Selon lui, soutenir le statu quo territorial reviendrait à cautionner la partition du pays.
Dans ce contexte de guerre et de fragilité nationale, Bahati Lukwebo juge inopportun d’ouvrir le chantier sensible de la révision constitutionnelle. Sa prise de position relance un débat déjà explosif sur l’opportunité d’un changement institutionnel en pleine crise sécuritaire.
Reste à savoir si cet échange public marquera le début d’un débat de fond sur les priorités nationales, ou s’il nourrira davantage les tensions au sein de la majorité.
Le Tremplin