Dans les coulisses du sport de haut niveau, certains noms ne montent jamais sur le podium, mais sans lesquels aucune médaille n’existerait. Ramzi Jendoubi est de ceux-là. Expert en développement de la lutte, bâtisseur de projets sportifs et connecteur de talents à l’échelle internationale, il est l’un des artisans majeurs de l’éclosion de Dunia Rodriguez Sibomana sous les couleurs de la République démocratique du Congo.
L’histoire commence loin des tapis africains, dans cette cartographie informelle que Jendoubi entretient patiemment depuis des années. Une veille permanente, faite d’échanges avec athlètes, entraîneurs, structures et fédérations aux quatre coins du monde. C’est dans ce réseau, jusque dans les salles d’entraînement de New York, qu’apparaît le nom de Dunia. Un coéquipier évoque un jeune lutteur prometteur. La curiosité professionnelle fait le reste.
Très vite, les signaux sont clairs. Sur les images étudiées, dans les retours collectés, Jendoubi identifie un profil rare : intensité, discipline, capacité à faire la différence dans un environnement américain réputé pour son exigence. Mais au-delà des qualités techniques, c’est le socle humain qui retient son attention. Le parcours, la résilience, la construction mentale. Autant de marqueurs qui, à ce niveau, font souvent la frontière entre potentiel et accomplissement.
Pour Jendoubi, une conviction s’impose : ce talent ne peut rester déconnecté de ses racines. Franco-tunisien lui-même, il a fait de ce lien avec la diaspora une ligne directrice de son engagement. Créer des passerelles, reconnecter les trajectoires individuelles aux projets nationaux. Dans le cas de Dunia, l’opportunité est double : offrir au lutteur une scène internationale sous ses couleurs d’origine et renforcer le vivier de la lutte congolaise.
L’étape suivante se joue à Kinshasa, dans les échanges avec Eric Kinzambi, président de la fédération congolaise de lutte. Entre les deux hommes, une relation de confiance déjà établie. Jendoubi présente un dossier complet : niveau sportif, potentiel de progression, dimension humaine. La réponse est rapide. Kinzambi comprend l’enjeu, dépasse les contraintes administratives et décide d’intégrer Dunia dans une dynamique internationale avec la RDC. Une décision stratégique, prise au bon moment.
La suite valide l’intuition initiale. Sous le drapeau congolais, Dunia Sibomana s’impose progressivement. Double médaillé d’or en lutte gréco-romaine et en lutte libre chez les 57 kg, en junior comme en senior, il s’affirme comme l’un des visages montants de la discipline. Une trajectoire ascendante qui attire désormais les regards au-delà du continent africain.
Derrière cette réussite, il y a une mécanique bien huilée : détection internationale, mise en réseau, décision fédérale et accompagnement structuré. Un écosystème où chacun joue son rôle. Le club new-yorkais, les entraîneurs, dont Monsieur Rodriguez, la fédération congolaise, et au centre, ce trait d’union qu’incarne Jendoubi.
Installé à Lyon, directeur d’un club de haut niveau, passé par la Fédération française de lutte et la Ligue Auvergne-Rhône-Alpes, Ramzi Jendoubi a fait de l’ingénierie sportive son terrain d’expression. Fondateur de l’association Wrestle for Earth, il développe des projets à impact social mêlant éducation, santé et solidarité. À travers sa structure Wrestling Pro Services (WPS), il accompagne aujourd’hui clubs, ligues et fédérations en Europe, en Afrique et en Asie, avec une approche fondée sur la formation, le conseil et la performance.
Mais au-delà des fonctions et des titres, son rôle auprès de Dunia Sibomana illustre une réalité essentielle : le sport moderne se construit autant dans les réseaux que sur les tapis. Identifier, connecter, convaincre, structurer. Quatre verbes qui résument une méthode et une vision.
À l’horizon, un cap se dessine déjà : les Jeux olympiques de Los Angeles 2028. Pour Dunia, le défi est immense. Pour la lutte congolaise, l’espoir est réel. Et pour Ramzi Jendoubi, l’histoire continue de s’écrire, toujours en arrière-plan, là où naissent les grandes trajectoires.
Charles Masudi