Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, vient de poser un acte que de nombreux agents de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) qualifient de courageux, salvateur et longtemps attendu. Une procédure disciplinaire a été officiellement ouverte contre le Directeur général de l’OCC, Étienne Tshimanga Mutombo, qualifié de récidiviste par plusieurs sources internes, pour graves fautes de gestion, soupçons de système parallèle et un manque à gagner estimé à plus de 25 millions de dollars américains pour la seule année 2025, au détriment du Trésor public.
Le DG incriminé dispose de 20 jours pour fournir ses explications. Une première depuis longtemps dans un office où, selon des agents, “l’impunité était devenue la règle et l’autorité de l’État une abstraction”.
“Enfin quelqu’un a osé agir”
Dans les couloirs de l’OCC, la décision du ministre Paluku est accueillie comme un soulagement.
“Nous assistions impuissants à des dérives graves. Aujourd’hui, quelqu’un a enfin osé agir”, confie un cadre de l’Office.
Un autre agent renchérit : “Sous Tshimanga, même la Première ministre ne représente rien. Les décisions de justice elles-mêmes sont ignorées. C’était devenu intenable.”
Ces témoignages traduisent un malaise profond, nourri par des années de gestion controversée et de frustrations internes.
Rappel des dérives déjà dénoncées
Dès le 7 octobre 2025, Le Tremplin alertait l’opinion sous le titre sans équivoque :
“OCC : 10 000 $ pour un poste : les dessous des engagements sous le règne Tshimanga”.
Depuis son arrivée à la tête de l’OCC, Étienne Tshimanga Mutombo traîne une réputation sulfureuse. En moins de deux ans, l’effectif est passé de 4 200 à plus de 9 000 agents, un bond inédit en plus de cinquante ans d’existence de l’Office. Cette inflation du personnel ne s’est accompagnée ni d’une amélioration des performances, ni d’une hausse des recettes. Pire, ceci a été pendant que certaines provinces stratégiques, notamment le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, ont vu les recettes de l’OCC s’effondrer suite à la guerre d’agression menée par le Rwanda via l’AFC/M23 dont est victime le pays.
Recrutements monnayés et promotions fulgurantes
Selon plusieurs sources internes concordantes, l’accès à l’OCC aurait été conditionné au paiement de 10 000 dollars américains, la signature du DG faisant office de sésame.
Il engage des personnes qui deviennent directeurs en quelques mois, sans aucune connaissance du métier, témoignait déjà un agent dans nos colonnes.
Compétence, ancienneté et mérite auraient été sacrifiés sur l’autel du clientélisme, alimentant colère et démotivation chez les cadres qualifiés.
Un DG au-dessus de tout ?
Au-delà des recrutements, le mode de gouvernance du DG Tshimanga est également pointé du doigt. Contournement du conseil d’administration, mépris des procédures, décisions unilatérales : plusieurs cadres dénoncent un pouvoir personnel exercé au mépris des textes.
Il gouverne seul. Il ne respecte ni les organes statutaires, ni la hiérarchie politique, ni même les décisions de la justice, confie une source interne.
Julien Paluku ira-t-il jusqu’au bout ?
En engageant cette procédure disciplinaire, Julien Paluku ouvre un bras de fer avec un système longtemps perçu comme intouchable. La question centrale demeure :
sera-t-il soutenu par sa hiérarchie politique ?
la justice accompagnera-t-elle cette démarche jusqu’à son terme ?
Pour de nombreux agents de l’OCC, l’enjeu dépasse un homme. Il s’agit de sauver une institution stratégique, garante du contrôle de la qualité des produits et de la protection du consommateur congolais.
Une certitude, toutefois : avec cet acte, Julien Paluku a brisé le silence. Reste à savoir si l’État congolais lui donnera les moyens d’aller jusqu’au bout et de mettre définitivement fin aux dérapages qui minent l’Office Congolais de Contrôle.
Le Tremplin