L’opposant et cadre d’Ensemble pour la République, Mike Mukebayi, monte au créneau contre le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il dénonce des menaces qu’il considère comme une atteinte à la liberté de la presse, après l’annonce de sanctions contre les médias accusés de banaliser les discours favorables à la rébellion.
Le ton est ferme. Mike Mukebayi ne cache pas son indignation face aux récentes déclarations de Christian Bosembe, qui a annoncé des "actions d’envergure" contre les journalistes et les plateaux de télévision accusés de légitimer des discours encourageant la rébellion et portant atteinte à la cohésion nationale.
Pour cet opposant proche de Moïse Katumbi, l’attitude du président du CSAC est contradictoire avec les engagements démocratiques qu’il défendait autrefois. Il dit ne pas comprendre comment celui qui s’identifiait, il y a quelques années, comme un combattant pour la démocratie peut aujourd’hui, selon lui, adopter une posture susceptible de restreindre la liberté de la presse.
Le journaliste a le droit de donner l’information
Au cœur de la controverse se trouve la diffusion des propos de l’ancien président Joseph Kabila, notamment lorsque ceux-ci suscitent des réactions politiques ou des désaccords au sein de l’opinion.
Pour Mike Mukebayi, le journaliste ne commet aucune faute en relayant une information au seul motif que celle-ci provient de Joseph Kabila. Il estime que la responsabilité de contester ou de condamner les déclarations d’une personnalité politique revient à ceux qui les désapprouvent, tandis que ceux qui y adhèrent peuvent en tirer leurs propres conclusions.
En d’autres termes, le journaliste doit pouvoir informer sans être contraint de se taire sous la pression des autorités de régulation ou du pouvoir politique.
Cette position place au centre du débat la distinction entre le travail d’information, qui consiste notamment à rapporter les propos des acteurs publics, et la promotion éventuelle de discours susceptibles de tomber sous le coup de la loi.
Muyaya et Bosembe dans le viseur
Mike Mukebayi ne limite pas ses critiques à Christian Bosembe. Il met également en cause Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias, qu’il accuse, avec le président du CSAC, de vouloir imposer leur volonté aux professionnels des médias en lieu et place des dispositions constitutionnelles.
L’opposant assimile les avertissements du président du CSAC à une forme d’intimidation et estime qu’ils ne correspondent pas à la mission de cet organe de régulation.
Il appelle ainsi Christian Bosembe à laisser les journalistes exercer librement leur métier et à privilégier les mécanismes légaux de sanction lorsqu’une infraction est effectivement constatée, plutôt que de recourir à des menaces préalables.
Le CSAC annonce des sanctions contre les médias
De son côté, Christian Bosembe justifie sa fermeté par la nécessité de lutter contre les contenus susceptibles de favoriser la violence et de menacer la cohésion nationale.
Le président du CSAC annonce des "actions d’envergure" dès la semaine qui vient de commencer, dans le respect des lois de la République. Sont notamment visés l’apologie du terrorisme et des crimes, l’incitation à l’insurrection ou à la mutinerie, ainsi que la propagande en faveur des mouvements rebelles.
Cette mise en garde ouvre un débat sensible sur les limites de la liberté d’expression et les responsabilités des médias dans un contexte politique et sécuritaire tendu en République démocratique du Congo.
Si la lutte contre les discours appelant à la violence relève d'un impératif de protection de l'ordre public, la question demeure celle des critères permettant de distinguer le relais journalistique d'une déclaration politique de sa promotion ou de sa légitimation.
Entre la volonté affichée du CSAC de prévenir les dérives médiatiques et les inquiétudes de Mike Mukebayi quant aux risques de censure, l'enjeu reste celui de l'équilibre entre la régulation des médias, le respect de la loi et la garantie constitutionnelle de la liberté de la presse.
Le Tremplin
