Les disparités salariales entre les agents de l'État congolais atteignent des niveaux préoccupants. C'est le constat dressé par la coalition Le Congo n'est pas à vendre (CNPAV) dans une étude récemment rendue publique, qui met en lumière les profondes inégalités de rémunération au sein de l'administration publique ainsi que le manque de transparence entourant les salaires des plus hauts responsables de l'État.
Selon ce rapport, le traitement de base des fonctionnaires reste relativement faible et varie de 240.720 francs congolais pour un huissier à 390.439 FC pour un secrétaire général. À l'opposé, les mandataires publics bénéficient de rémunérations mensuelles oscillant entre 11.150 et 32.000 dollars américains, illustrant un écart considérable entre les différentes catégories d'agents publics.
Le CNPAV souligne également que les inégalités sont encore plus marquées lorsqu'il s'agit des primes. Dans le secteur de l'enseignement supérieur et universitaire, celles-ci représentent entre 87 % et près de 1.095 % du traitement de base, selon le grade, créant ainsi d'importantes disparités entre les agents.
L'organisation s'est aussi penchée sur l'exécution de la loi de finances 2024. Son analyse révèle que les dépenses liées aux rémunérations et au fonctionnement des institutions ont largement dépassé les prévisions budgétaires, avec des taux d'exécution pouvant atteindre 139 %. En revanche, les investissements dans les secteurs sociaux, notamment la santé, l'éducation et d'autres services essentiels, n'ont enregistré que des taux d'exécution compris entre 3 % et 12 %.
Autre point d'inquiétude soulevé par le rapport : l'absence de transparence sur les rémunérations du président de la République, de la Première ministre et des membres du gouvernement. Le CNPAV estime que ces informations devraient être accessibles au public afin de renforcer la redevabilité et la bonne gouvernance.
Face à cette situation, la coalition formule plusieurs recommandations. Elle plaide notamment pour la publication des grilles salariales de toutes les institutions publiques, la création d'une Autorité nationale de régulation des rémunérations publiques et une réorientation des ressources de l'État vers les secteurs sociaux prioritaires, afin de réduire les inégalités et d'améliorer les conditions de vie de la population.
Pour le CNPAV, une réforme en profondeur de la politique salariale et une plus grande transparence dans la gestion des finances publiques constituent des leviers indispensables pour restaurer l'équité au sein de l'administration congolaise et renforcer la confiance des citoyens envers les institutions.
Le Tremplin