L’opposant congolais Martin Fayulu a vivement réagi ce vendredi 8 mai 2026, pus de 48 heures après la conférence de presse du président Félix Tshisekedi. Dans une déclaration solennelle prononcée à Kinshasa, le président de l’ECiDé a dénoncé ce qu’il qualifie de "tentative de coup d’État constitutionnel", visant selon lui à ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.
Initialement convoquée pour dénoncer la proposition de loi référendaire portée par le professeur et député Paul Gaspard Ngondankoy, la conférence de presse de Martin Fayulu s’est élargie à une critique frontale des récentes déclarations du chef de l’État, dans un contexte marqué par une grave crise sécuritaire et institutionnelle.
L’opposant a dressé un tableau sombre de la situation nationale : occupation de plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par le M23/AFC avec, selon lui, l’implication du Rwanda, massacres attribués aux ADF dans l’Est avec une implication présumée de l’Ouganda, plus de huit millions de déplacés internes, insécurité persistante, pauvreté croissante, corruption et affaiblissement des institutions républicaines.
Dans ce contexte, Martin Fayulu s’interroge ouvertement sur les intentions du pouvoir.
À entendre certaines déclarations de Félix Tshisekedi, on peut même se demander si la guerre que nous vivons à l’Est de notre pays n’est pas entretenue pour empêcher l’organisation des élections de 2028 ", a-t-il déclaré, posant deux questions : "À qui profite cette guerre ? " et " Que fait-on de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies ?
Au cœur de sa dénonciation figure la proposition de loi référendaire du député Ngondankoy. Selon Fayulu, ce texte constitue une manœuvre méthodique destinée à contourner les articles intangibles de la Constitution, notamment l’article 220 qui verrouille certaines dispositions fondamentales, dont la limitation du nombre de mandats présidentiels.
S’il reconnaît que l’article 6 du texte rappelle formellement l’intangibilité des dispositions protégées par la Constitution, il accuse les articles 87 à 90 d’introduire une brèche juridique permettant, sous prétexte de " dysfonctionnement majeur", de remettre en cause ces mêmes garanties constitutionnelles.
Le peuple ne peut pas être instrumentalisé pour détruire ses propres garanties constitutionnelles , a-t-il martelé, estimant qu’aucune consultation populaire ne peut légitimer ce que la Constitution interdit expressément.
Martin Fayulu voit dans cette initiative une tentative de légalisation d’un coup d’État constitutionnel et appelle les députés nationaux à retirer purement et simplement les articles incriminés.
Il a également évoqué le précédent de janvier 2015, lorsque la mobilisation populaire avait conduit au retrait d’une disposition controversée de la loi électorale sous Joseph Kabila.
Se montrant particulièrement offensif, il a averti que le peuple congolais s’opposerait à toute tentative de prolongation du pouvoir de Félix Tshisekedi au-delà de 2028.
En 2028, qu’il le veuille ou non, il devra partir, a-t-il lancé, reprenant un slogan populaire entendu selon lui à travers le pays.
Enfin, l’opposant a appelé à un dialogue national inclusif comme seule issue pour préserver l’unité nationale et éviter, selon ses mots, "la fragilisation de la cohésion nationale et la balkanisation de la RDC".
Cette sortie marque une nouvelle escalade verbale entre l’opposition et le pouvoir, alors que le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle continue de susciter de vives tensions sur la scène politique congolaise.
Le Tremplin