Face à la volatilité des marchés pétroliers et à la dépendance énergétique persistante de la RDC, le Centre d’Études sur la Gouvernance Financière et la Transparence (CEGFT) publie une note d’analyse stratégique appelant à la relance urgente de la SOCIR. Entre pertes budgétaires massives liées aux subventions et opportunités manquées d’investissements structurants, ce document illustre les enjeux économiques d’envergure et propose une réorientation claire des priorités nationales, avec un accent particulier sur l’utilisation des Eurobonds pour restaurer la souveraineté énergétique du pays. Le Tremplin vous propose de découvrir ci-bas le la note technique du Centre d’Études sur la Gouvernance Financière et la Transparence (CEGFT) :
1. Contexte international et national
Le contexte énergétique mondial est marqué par une instabilité accrue liée aux tensions géopolitiques, notamment la guerre en Iran, qui affecte les marchés pétroliers internationaux. Cette situation entraîne une forte volatilité des prix du brut et des produits raffinés, exposant particulièrement les économies dépendantes des importations, comme celle de la République démocratique du Congo.
Au niveau national, cette vulnérabilité se traduit par :
une pression accrue sur les réserves en devises ;
une instabilité des prix des produits pétroliers ;
un coût budgétaire élevé lié à la politique de subventions (manque à gagner).
Dans ce contexte, la relance de la Société Congolaise des Industries de Raffinage (SOCIR) apparaît comme une priorité stratégique.
2. Problématique
La RDC ne dispose actuellement d’aucune capacité opérationnelle de raffinage, ce qui la contraint à importer la quasi-totalité de ses besoins en produits pétroliers.
Parallèlement, la politique de soutien aux prix (manque à gagner) entraîne une perte estimée entre 200 et 300 millions USD par an pour le Trésor public.
Cette situation pose une double problématique :
Comment réduire la dépendance énergétique extérieure ?
Comment alléger la pression sur les finances publiques et le taux de change ?
3. Rappel des orientations présidentielles
Le CEGFT rappelle que la relance de la SOCIR a déjà fait l’objet d’instructions claires au plus haut niveau de l’État :
Lors de la 54ᵉ réunion du Conseil des ministres du 20 mai 2022, le Président de la République avait insisté sur la nécessité de relancer la SOCIR ;
Cette orientation a été réitérée lors de la 61ᵉ réunion du Conseil des ministres du 22 juillet 2022.
Cependant, aucune mise en œuvre concrète et structurante n’a été observée à ce jour.
4. Enjeux stratégiques de la relance de la SOCIR
4.1 Souveraineté énergétique
Sécurisation de l’approvisionnement
Réduction des importations
Atténuation des chocs externes
4.2 Stabilité macroéconomique
Baisse de la demande en devises
Soutien au franc congolais
Réduction de l’inflation importée
4.3 Soutenabilité budgétaire
Réduction du manque à gagner
Réallocation des ressources publiques
4.4 Industrialisation et emploi
Création d’emplois
Développement industriel local
5. Analyse critique de la politique actuelle
La politique de subventions implicites présente :
un coût budgétaire élevé ;
une inefficacité économique ;
une absence d’effet structurant ;
une dépendance accrue aux importations.
Elle devient insoutenable en l’absence d’une capacité nationale de raffinage.
6. Analyse du coût d’opportunité
Avec une dépense moyenne de 250 millions USD par an, la RDC aura mobilisé environ 2,5 milliards USD en 10 ans au titre du manque à gagner.
Ces ressources auraient pu financer :
2 500 km de routes asphaltées ;
1 raffinerie nationale ;
5 à 8 barrages hydroélectriques ;
5 000 écoles modernes ;
50 à 100 universités ;
20 à 50 parcs agro-industriels.
Constat : une dépense de consommation sans création d’actifs durables.
7. Proposition de financement : mobilisation des Eurobonds
Le gouvernement a récemment mobilisé environ 1,25 milliard USD sur les marchés internationaux.
Le CEGFT recommande :
d’affecter une partie de ces fonds à la relance de la SOCIR.
Justification :
investissement stratégique à fort impact ;
réduction durable des subventions ;
amélioration de la balance des paiements ;
effet multiplicateur sur l’économie.
Conditions de succès :
transparence et traçabilité ;
gouvernance rigoureuse ;
partenariats techniques crédibles ;
mécanisme indépendant de suivi.
8. Recommandations au gouvernement
Court terme :
audit complet de la SOCIR ;
réhabilitation des infrastructures critiques ;
affectation initiale des fonds.
Moyen terme (1–2 ans) :
relance progressive du raffinage ;
réduction du manque à gagner ;
renforcement des partenariats public-privé.
Long terme (5–10 ans) :
construction d’une raffinerie moderne ;
positionnement régional ;
intégration dans une stratégie de souveraineté économique.
9. Appel à l’implication présidentielle
Le CEGFT invite le Président de la République à s’impliquer personnellement dans ce dossier stratégique afin de :
accélérer les décisions ;
lever les blocages ;
garantir la cohérence gouvernementale.
Conclusion
Dans un contexte international instable, la dépendance énergétique de la RDC constitue un risque majeur pour sa stabilité économique.
La relance de la SOCIR doit être érigée en priorité nationale. L’allocation d’une partie des Eurobonds, combinée à une implication directe du Président de la République, représente une voie réaliste vers une transformation structurelle durable.
Produit par l’équipe du Centre d’Études sur la Gouvernance Financière et la Transparence (CEGFT)
Siège social : N°120, avenue Tshela, Quartier Djelo, Commune de Kinshasa, RDC
Téléphone : +243 99 57 49 259
Adresses électroniques : info@cegft.com | cegft.asbl@yahoo.com
Site web : https://cegft.com