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Sport congolais : l’argent, poison d’un système à la dérive


 
La gestion du sport congolais reste, à ce jour, un véritable casse-tête. Si certaines disciplines affichent des progrès visibles, encourageants et mesurables, d’autres continuent de stagner, faute d’une vision claire et, surtout, d’une véritable politique de développement.


Parmi les fédérations qui tirent leur épingle du jeu, la Fédération congolaise de football (FECOFA), malgré son processus de normalisation, se distingue par la régularité de ses compétitions nationales et sa présence constante sur la scène internationale. La Fédération de handball suit également cette dynamique, avec une organisation plus structurée et moins de controverses liées aux participations internationales. La Fédération de volley-ball, de son côté, se prépare à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations masculine à Kinshasa au cours du second semestre. Sans oublier les efforts notables dans les sports de combat tels que le judo, la lutte, le karaté ou encore la boxe.


L’exemple le plus frappant reste cependant celui de la FECOBAF (basket-ball sur fauteuil), récemment couronnée championne d’Afrique U25 chez les dames. Une réussite qui démontre qu’avec de la volonté, une planification rigoureuse et un projet cohérent, même une jeune fédération peut devenir un modèle. À l’inverse, certaines fédérations plus anciennes, pourtant riches de plusieurs décennies d’existence, continuent d’évoluer sans cap ni stratégie claire. La Fédération de basket-ball du Congo en est une illustration préoccupante.


Face à ces défaillances, des initiatives privées tentent de combler le vide. C’est notamment le cas de l’ASB New Génération, un club qui s’est imposé, depuis plus d’une décennie, comme un véritable vivier de talents. À travers son académie, il a formé plusieurs joueurs ayant porté haut les couleurs de la RDC, dont Maxim Shamba et Evariste Shonganya, sacrés à l’AfroCan 2019. Plus récemment, Garmine Kande ou encore Yannick Nzosa, passé par la structure avant d’être drafté en NBA, illustrent la qualité de cette formation.


Au-delà du terrain, New Génération joue un rôle social majeur, en offrant à des jeunes en difficulté un cadre structurant basé sur l’encadrement, la scolarisation et la réinsertion. Et ce, sans aucune subvention de l’État, uniquement grâce à l’engagement de ses dirigeants, sous l’impulsion de son cofondateur Joe Lolonga Nkoi. Mais aujourd’hui, cette dynamique est menacée.

Du sacrifice à l’injustice

En octobre 2025, l’ASB New Génération avait accepté de représenter la RDC à la Road to BAL, suite au désistement d’autres clubs. Une décision prise dans l’urgence pour éviter une sanction internationale. Cette participation impliquait des coûts importants, estimés à plusieurs dizaines de milliers de dollars, normalement à charge de l’État.

Faute de soutien, des clubs comme CNSS, Makomeno et New Génération ont dû se mobiliser financièrement. New Génération, à elle seule, a déboursé plus de 10 000 dollars supplémentaires pour la phase suivante au Cap-Vert.

Depuis, la situation s’est enlisée. L’État n’ayant pas honoré ses engagements, le club se retrouve sommé de payer le solde. En quête de garanties, ses dirigeants ont sollicité un engagement écrit de la FEBACO, resté sans réponse. En lieu et place, ils font face à des menaces et mesures jugées arbitraires.

Plus grave encore, la Ligue de basket-ball de Kinshasa a reçu l’instruction de ne plus programmer le club, alors que le championnat suit son cours pour les autres équipes. Une décision perçue comme un règlement de comptes.

Joe Lolonga Nkoi, cible désignée

Ancien manager des Léopards et candidat malheureux aux élections de 2023, Joe Lolonga Nkoi semble aujourd’hui dans le viseur des dirigeants actuels, qui redouteraient sa candidature en 2027.

Après d’autres figures écartées ou fragilisées, c’est désormais lui et, par extension, son club qui subissent des pressions. Une situation qui menace directement l’existence de New Génération, pourtant quintuple champion de Kinshasa et ancien champion du Congo.

Quand le système étouffe ses propres talents

Ironie du sort, ce même Lolonga avait largement contribué au sacre historique de la RDC à l’AfroCan 2019, en finançant une grande partie de la participation de l’équipe nationale. Quatre joueurs issus de New Génération figuraient dans cette équipe victorieuse.

Aujourd’hui, ce vivier de talents, véritable « poule aux œufs d’or » du basket congolais, est en danger. Et avec lui, des centaines de jeunes dont l’avenir dépend de cette structure. Au-delà du sport, c’est un projet social et humain qui risque de disparaître.

Il devient urgent que le ministre des Sports et Loisirs, Maître Didier Budimbu, s’implique personnellement pour rétablir New Génération dans ses droits et préserver ce qui reste l’une des rares réussites structurantes du sport congolais.

Faute de quoi, c’est toute une génération qui pourrait être sacrifiée sur l’autel d’une gouvernance sans vision.

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