Type Here to Get Search Results !

Entreprises publiques : "changer les hommes ne sauvera pas le système" Tribune du Prof. Dr. Ahmed Useni

À observer l’actualité récente, la gouvernance des entreprises publiques congolaises ressemble à un feuilleton dont les épisodes se succèdent sans jamais résoudre l’intrigue principale. Hier, la suspension du directeur général de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) au profit de sa directrice générale adjointe. Aujourd’hui, celle du directeur général de TRANSCO, une situation que Le Tremplin a récemment documentée lors de la remise et reprise entre le DG sortant et l’intérimaire Solange Kabedi Odra. Avant eux, l’OGEFREM. Et demain, qui ?

Les raisons avancées sont presque toujours les mêmes : mauvaise gouvernance, conflits avec les conseils d’administration, insubordination à la tutelle, irrégularités financières. Ces motifs, souvent génériques, peinent à convaincre une opinion publique de plus en plus lucide. Le problème ne réside pas uniquement dans les individus, mais dans l’architecture même du système de gestion de nos entreprises du portefeuille.

Une crise structurelle masquée par la rotation des dirigeants

Depuis leur transformation en sociétés commerciales en 2007, les entreprises publiques étaient censées gagner en efficacité, en autonomie et en viabilité financière. Près de vingt ans plus tard, nombre d’entre elles peinent à honorer leurs obligations, accumulent des dettes et dépendent étroitement des décisions politiques.

La suspension répétée des dirigeants n’a pas produit les redressements annoncés. Elle a plutôt installé une instabilité chronique incompatible avec toute stratégie industrielle durable. Changer les gestionnaires sans réformer le cadre de gouvernance revient à traiter les symptômes en ignorant la maladie.

L’énergie comme révélateur des vulnérabilités nationales

Les difficultés structurelles apparaissent avec acuité dans le secteur énergétique. La suspension récente de la distribution d’électricité zambienne dans certaines zones du Katanga, avec des répercussions sur des localités comme Sakania ou Dilolo et sur plusieurs opérateurs économiques, illustre la fragilité de notre système.

Je me souviens encore de la comparution de l’ancien directeur général de la SNEL, Fabrice Lusinde, devant l’Assemblée nationale. Malgré les éclaircissements techniques qu’il avait apportés, les décisions politiques avaient prévalu. Son départ n’a pourtant pas amélioré la situation de l’entreprise. Ce précédent démontre qu’aucune organisation ne peut se redresser durablement dans un climat d’instabilité institutionnelle permanente.

Pour une réforme de fond, courageuse et cohérente

Le salut de nos entreprises publiques exige une refondation structurelle. Celle-ci devrait s’articuler autour de principes clairs :

dépolitiser la gestion et professionnaliser les nominations ;

garantir la stabilité des équipes dirigeantes sur la base de contrats de performance ;

permettre une ouverture rationnelle et encadrée aux capitaux privés ;

investir dans la formation des cadres et la modernisation des outils de gestion ;

surtout, instaurer une discipline budgétaire où l’État honore ses propres engagements envers ses entreprises.

Au cœur de cette réforme doit se trouver un principe simple : placer l’intérêt général et le service au citoyen au-dessus des logiques conjoncturelles.

Un choix de gouvernance pour l’avenir

La multiplication des suspensions n’est pas une solution ; elle est un symptôme. Le véritable enjeu pour la République démocratique du Congo est de bâtir des institutions économiques stables, crédibles et performantes. Sans cela, nos entreprises publiques continueront de vieillir sans grandir, au détriment du développement national et du bien-être collectif.

Le moment est venu de privilégier les réformes de structure plutôt que les changements d’hommes. L’histoire jugera notre capacité à faire ce choix.

Prof. Dr. Ahmed Useni

Enregistrer un commentaire

0 Commentaires
* Please Don't Spam Here. All the Comments are Reviewed by Admin.

Below Post Ad