L’appel de Martin Fayulu à un dialogue national inclusif n’a pas manqué de susciter des réactions au sein de l’opposition congolaise. Depuis l’exil, l’opposant Seth Kikuni a réagi avec fermeté, posant une série de conditions préalables qu’il juge indispensables à toute participation de l’opposition à un éventuel processus de concertation nationale.
Dans une déclaration adressée au président de l’ECiDé, Seth Kikuni insiste sur la nécessité de garanties politiques et sécuritaires concrètes avant toute ouverture de discussions. Pour lui, un dialogue organisé dans un climat de tensions politiques et de restrictions des libertés publiques risquerait de manquer de crédibilité et d’aboutir à une simple légitimation du statu quo.
Des conditions jugées “non négociables”
L’opposant en exil énumère six préalables qu’il considère comme fondamentaux. Parmi eux figurent notamment un cessez-le-feu, la cessation des mesures de répression contre les voix dissidentes, la libération des prisonniers politiques, la levée des condamnations à caractère politique ainsi que la restitution des passeports et la garantie de la liberté de circulation pour les acteurs politiques.
Seth Kikuni réclame également l’annulation des procédures judiciaires qu’il qualifie de politiques et la réparation des préjudices subis par les personnes concernées. Selon lui, ces mesures constituent la condition minimale pour instaurer un climat de confiance propice à des discussions sincères et productives.
Cette position traduit une approche conditionnelle du dialogue, centrée sur la restauration préalable des droits civiques et politiques, là où Martin Fayulu met davantage l’accent sur l’inclusivité et la représentativité du processus.
Deux approches au sein de l’opposition
Dans son adresse récente, Martin Fayulu a plaidé pour un dialogue national rassemblant toutes les forces vives du pays, opposition, majorité, société civile, confessions religieuses, autorités traditionnelles, diaspora et autres composantes sociales, afin d’identifier les causes structurelles de la crise congolaise et d’y apporter des solutions durables.
L’opposant resté au pays insiste sur l’urgence d’un cadre inclusif capable de restaurer la cohésion nationale et de traiter les grandes questions liées à la gouvernance, à la sécurité, aux réformes électorales et à la justice.
La réaction de Seth Kikuni met en lumière une divergence d’approche stratégique au sein de l’opposition : d’un côté, une dynamique d’ouverture conditionnée à des garanties politiques, de l’autre, une priorité accordée à l’organisation d’un dialogue national le plus large possible.
Un débat révélateur des enjeux de confiance
Au-delà des positions individuelles, cet échange illustre la persistance d’un enjeu central dans le débat politique congolais : la question de la confiance dans les mécanismes de dialogue et dans la mise en œuvre de leurs conclusions.
Alors que le processus envisagé bénéficie du parrainage du président angolais João Lourenço, les prises de position contrastées au sein de l’opposition pourraient influencer la configuration et la crédibilité du futur cadre de concertation nationale.
L’évolution de ce débat devrait peser sur la capacité des acteurs politiques congolais à s’accorder sur les conditions, les objectifs et les modalités d’un dialogue appelé à jouer un rôle déterminant dans la stabilité politique du pays.
Le Tremplin