Lubumbashi, capitale économique du Haut-Katanga, ville minière par excellence, carrefour des affaires et de la circulation monétaire. Ici, l’argent coule, dit-on. Et pourtant, un phénomène troublant, aussi discret que récurrent, empoisonne le quotidien de nombreux citoyens : le rejet systématique de billets de dollars américains pourtant acceptés ailleurs en République démocratique du Congo.
Il suffit qu’un billet porte une trace d’encre de stylo, un petit sceau, une écriture anodine ou une marque à peine visible pour qu’il soit immédiatement déclaré faux. Non pas par une autorité officielle clairement identifiée, mais par des changeurs de rue, des comptoirs informels, et parfois même sous couvert de références à des banques censées l’avoir refusé.
Le plus déroutant ? Ces mêmes billets circulent sans la moindre difficulté à Kinshasa, à Goma, à Mbuji-Mayi ou dans d’autres villes du pays. Ils y sont reconnus comme authentiques, conformes, parfaitement valables. Mais à Lubumbashi, ils deviennent soudain suspects.
Dès lors, une question s’impose : quelles sont ces banques qui n’existent qu’à Lubumbashi et dont les critères semblent différents de ceux appliqués ailleurs, y compris dans la capitale du pays ?
Un commerce de la peur et de la confusion
Pour certains changeurs, ce rejet est devenu un véritable fonds de commerce. Face à un porteur de billet déclaré “faux”, la solution proposée est presque toujours la même : accepter le billet… mais à condition de renoncer à près de 25 % de sa valeur, en échange de francs congolais. Une perte sèche, imposée à des citoyens souvent sans autre alternative immédiate.
Pris entre la crainte de repartir avec un billet devenu soudain inutilisable et le besoin urgent de liquidités, beaucoup cèdent. Non par ignorance, mais par contrainte.
Silence des institutions, malaise des citoyens
Ce phénomène est-il inconnu des banques commerciales, du gouvernement provincial, des services de l’économie, de la justice ou de la sécurité ? Difficile à croire. Et s’il n’y a pas complicité, comme certains le soupçonnent, qu’est-ce qui peut bien expliquer cette situation durable, visible et largement dénoncée dans les conversations populaires ?
Comment comprendre qu’un billet déclaré vrai à Kinshasa devienne faux à Lubumbashi ?
Peut-on parler d’une interprétation locale des normes internationales ?
Ou s’agit-il simplement d’un vide réglementaire exploité au détriment des paisibles citoyens ?
Une normalité qui interroge
Ce qui choque le plus n’est peut-être pas l’existence du problème, mais sa banalisation. Comme si l’anormal était devenu normal. Comme si le citoyen devait s’adapter à une règle invisible, fluctuante, non écrite, qui ne s’applique qu’à un seul espace géographique du pays.
Lubumbashi mérite mieux que cette zone grise monétaire. Le Haut-Katanga mérite une clarification officielle. Et le citoyen congolais mérite une protection équitable, quelle que soit la ville où il se trouve. Car un dollar vrai ne devrait pas changer de nature selon la latitude.
Le Tremplin