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Venezuela : l’acte de trop et l’agonie du droit international (Jacques Ndarabu)

 

Par Jacques Ndarabu, expert en relations internationales

Les faits rapportés ce samedi 3 janvier 2026 marquent un tournant grave et dangereux dans l’histoire des relations internationales. En passant de la menace à l’action contre le Venezuela, les États-Unis de Donald Trump confirment, une fois de plus, l’effondrement progressif , voire la caducité, de la Charte des Nations unies comme instrument de régulation du système international.

Après plusieurs semaines de menaces ouvertes contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, des forces américaines auraient mené une opération directe à Caracas, aboutissant à l’enlèvement du chef de l’État vénézuélien et de son épouse, Celia Flores. Plus troublant encore, le président américain a revendiqué publiquement cette opération, affirmant sans détour que les États-Unis entendent désormais jouer un rôle central dans la gestion du pétrole vénézuélien.

Cette déclaration lève toute ambiguïté sur le véritable mobile de l’intervention : le contrôle stratégique des ressources énergétiques du Venezuela. L’annonce immédiate de l’implantation de compagnies pétrolières américaines dans ce pays confirme que nous sommes face à une logique de prédation assumée, incompatible avec tout discours sur la démocratie, la légalité internationale ou la souveraineté des États.

La Charte de l’ONU piétinée

La réaction de l’Union européenne, par la voix de sa porte-parole appelant simplement « à la retenue », sans la moindre condamnation claire, est à la fois timide et hypocrite. Elle illustre l’impuissance, ou la complaisance, d’un ordre international sélectif, où le droit s’applique aux faibles mais s’efface devant les puissants.

Pourtant, l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies est sans équivoque :

Les États membres s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. 

Dès lors, une question s’impose : les États-Unis, pays hôte du siège même des Nations unies, sont-ils encore membres à part entière de cette organisation ou s’en considèrent-ils au-dessus des règles ?

À ce stade, la Charte de l’ONU apparaît vidée de sa substance. Elle n’est plus qu’un texte symbolique, invoqué à géométrie variable. Il devient légitime de s’interroger sur la nécessité de repenser, voire de remplacer, les mécanismes actuels de régulation des relations internationales.

La loi du plus fort comme norme

Comment, dans ces conditions, continuer à condamner Kim Jong-un, Vladimir Poutine ou d’autres dirigeants qualifiés de "va-t-en-guerre"? Le message envoyé au monde est limpide : seule la force garantit la survie et le respect. La dissuasion, la fermeté extrême et la puissance militaire deviennent les seuls langages audibles.

Demain, la Chine agira de la même manière, forte de cette jurisprudence dangereuse. Emmanuel Macron l’avait d’ailleurs reconnu sans détour : "Pour être respecté, il faut être craint, et pour être craint, il faut être fort." Cette phrase résume tragiquement la réalité du système international actuel.

Une souveraineté confisquée

L’annonce selon laquelle des responsables américains, dont Pete Hegseth et Marco Rubio, piloteraient la "transition"du Venezuela constitue une négation totale de la souveraineté d’un État indépendant. Nous ne sommes plus dans l’ingérence, mais dans une administration de fait d’un pays par une puissance étrangère.

Ce qui se joue au Venezuela dépasse largement ce pays. C’est l’aveu brutal que les États ne sont respectés que s’ils disposent de la force nécessaire pour se défendre. Voilà la véritable face du monde contemporain : un ordre international sans droit, sans morale universelle, où la puissance prime sur la légitimité.

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