La situation sécuritaire demeure tendue dans la ville minière de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba. En réaction aux violences survenues ces derniers jours, la société de transport Mulykap SARL a annoncé la suspension, à dater de ce mercredi 7 janvier, de ses dessertes sur l’axe Kolwezi-Lubumbashi, après l’attaque de cinq de ses bus par des creuseurs artisanaux.
Dans un communiqué interne, l’entreprise précise qu’elle a procédé à un redéploiement provisoire de ses activités vers les axes Likasi-Lubumbashi-Kasumbalesa, le temps que la situation se stabilise.
Kolwezi paralysée par les affrontements
Lundi soir, Kolwezi offrait un visage inhabituel. Les rues, habituellement animées par le va-et-vient des camions miniers et des motos-taxis, étaient presque désertes. Boutiques fermées, écoles silencieuses : la ville semblait figée, comme retenue par la peur.
Mardi, dans plusieurs quartiers, les traces de violences restaient visibles. Des véhicules calcinés ou vandalisés jonchaient certaines artères, tandis que des magasins avaient été pillés. Un bureau de police situé au quartier Kakifuluwe, dans la commune de Manika, a été saccagé, illustrant l’ampleur des affrontements entre creuseurs artisanaux et forces de sécurité.
Selon les autorités locales, le bilan humain fait état de plusieurs blessés graves et de nombreuses arrestations, sans qu’un chiffre officiel définitif ne soit encore communiqué.
À l’origine de la colère : un arrêté ministériel
Au cœur de cette crise se trouve un arrêté du ministre des Mines, daté du 19 décembre 2025, qui suspend toutes les unités de traitement des substances minérales issues de l’exploitation artisanale dans la filière cupro-cobaltifère.
Pour de nombreux creuseurs artisanaux, cette décision est vécue comme une menace directe contre leur survie économique et celle de leurs familles. Sur le terrain, la tension demeure vive, alimentée par un sentiment d’incompréhension et d’exclusion.
Des témoins rapportent que les affrontements ont débuté dès l’aube, lorsque des groupes de creuseurs ont tenté de manifester contre la mise en application de cette mesure. La manifestation a rapidement dégénéré, entraînant barricades, destructions de biens et attaques ciblant des véhicules d’entrepreneurs, dont ceux de Mulykap.
Sécurité renforcée, mais peur persistante
Face à la gravité de la situation, les forces de sécurité ont renforcé leur présence mardi, multipliant patrouilles et contrôles afin de prévenir une nouvelle escalade. Malgré ces dispositions, la peur reste omniprésente dans plusieurs quartiers de Kolwezi, où les habitants redoutent une reprise des violences.
Cette crise illustre l’urgence d’une communication claire et d’une concertation effective entre les autorités publiques et les exploitants artisanaux. Plusieurs observateurs estiment que l’absence d’explications accessibles sur la portée et les objectifs de l’arrêté ministériel alimente la contestation sociale.
Un impact au-delà du secteur minier
La perturbation des transports, les barricades et les actes de vandalisme constituent un signal négatif pour l’économie locale. Au-delà du secteur minier, ce sont des milliers d’usagers, voyageurs, commerçants et travailleurs, qui se retrouvent pénalisés par l’arrêt des dessertes et l’insécurité sur les axes routiers.
Entreprise congolaise majeure basée dans le Grand Katanga, Mulykap SARL opère dans la vente de produits pétroliers, l’importation et la commercialisation de carburants, ainsi que dans le transport de personnes et de marchandises. Sa flotte de bus relie habituellement Lubumbashi, Kolwezi, Likasi et Fungurume, jouant un rôle clé dans la mobilité régionale.
Alors que Kolwezi tente de retrouver un semblant de normalité, nombreux sont ceux qui appellent à des solutions concertées afin d’éviter que la contestation ne dégénère à nouveau, avec des conséquences encore plus lourdes pour la population et l’économie du Lualaba.
Le Tremplin