Dans son communiqué n°25/439, le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde la République démocratique du Congo contre un recours excessif aux réserves de change pour soutenir le franc congolais (FC). Une alerte reprise et amplifiée par le professeur Godé Mpoy, spécialiste en finances publiques et député national de l’Union sacrée, qui évoque une stabilisation artificielle aux lourdes conséquences économiques et budgétaires.
Tout en saluant certains acquis du gouvernement, l’élu appelle à une lecture lucide de la situation macroéconomique du pays.
Deux victoires reconnues, mais des zones d’ombre demeurent
Godé Mpoy reconnaît deux avancées majeures à l’actif du président Félix Tshisekedi et de son gouvernement : le deal stratégique USA-RDC et
la deuxième revue positive du programme RDC-FMI.
“Ce sont deux victoires pour lesquelles nous félicitons le Chef de l’État et tout le gouvernement”, souligne-t-il.
Cependant, l’économiste tempère cet optimisme en rappelant que certains critères clés du programme n’ont pas été atteints, notamment le plancher des dépenses sociales et les dépenses en mode d’urgence. Selon lui, le FMI aurait fait preuve de tolérance en raison de la situation sécuritaire préoccupante dans l’Est du pays.
Une baisse des prix trompeuse
Au cœur de son analyse, Godé Mpoy démonte l’argument d’une prétendue baisse du coût de la vie. Pour lui, la diminution observée sur les marchés est nominale, mais non réelle.
Il explique la méthode permettant de mesurer le véritable pouvoir d’achat dans une économie à double circulation monétaire comme la RDC :
“Il faut diviser les prix actuels par le taux fictif de la Banque centrale du Congo, puis comparer avec les prix d’avant l’appréciation artificielle divisés par l’ancien taux. En dollars, on constate clairement que les prix ont augmenté.”
Cette approche, insiste-t-il, est la seule permettant de calculer les gains ou pertes réels du consommateur congolais.
Des réserves de change sous pression
Selon le député, la Banque centrale du Congo (BCC) utilise presque chaque mois les réserves de change pour contenir le taux de change du franc congolais. Or, le FMI précise que malgré leur progression, ces réserves restent inférieures au seuil d’adéquation recommandé.
“Faisons attention”, prévient Godé Mpoy, qui redoute un affaiblissement de la capacité de résilience macroéconomique du pays.
Impact budgétaire et social préoccupant
Les effets de cette politique monétaire se feraient déjà sentir sur les finances publiques. Le professeur Mpoy affirme qu’en octobre, l’État aurait perdu près de 300 milliards de francs congolais. En novembre, aucune régie financière n’aurait atteint ses assignations budgétaires, tandis qu’en décembre, plusieurs agents de l’État, y compris des députés nationaux, n’auraient pas été payés faute de liquidités.
Conséquence directe : le budget 2026 a été revu à la baisse, principalement en raison de ce qu’il qualifie de “taux fictif”.
Vivement la rigueur et à la transparence
En conclusion, Godé Mpoy met en garde contre l’autosatisfaction et appelle à des réformes structurelles courageuses : “Ronronner n’est pas rayonner.”
Un message clair adressé aux décideurs, alors que la RDC poursuit son programme avec le FMI dans un contexte sécuritaire, social et économique toujours fragile.