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Léopards basketball : le probable raté du Mondial met à nu l’échec d’anticipation de la FEBACO

 

La situation que traverse actuellement l’équipe nationale de basketball de la République démocratique du Congo ne peut être analysée sous le seul prisme du désengagement de l’État. Si le manque d’accompagnement des pouvoirs publics est une réalité, il serait toutefois réducteur d’en faire l’unique responsable de l’abandon qui menace les Léopards à la veille de leur entrée en lice dans le second tour des éliminatoires de la Coupe du Monde.


La responsabilité première doit également être recherchée au sein du Comité exécutif de la Fédération de basketball du Congo (FEBACO). Car une fédération ne sert pas uniquement à organiser des compétitions et à convoquer les équipes nationales. Elle doit aussi anticiper, planifier, mobiliser des ressources, défendre sa discipline et créer les conditions susceptibles de convaincre les décideurs publics et privés d’y investir.

La situation actuelle n’est pourtant pas une surprise

En 2017, lorsque les Léopards ont signé leur retour en Afrobasket dix ans plus tard avec la co-organisation de la compétition entre le Sénégal et la Tunisie et ont ensuite  remporté l’AfroCan au Mali en 2019, l’équipe nationale n’avait bénéficié d’une véritable attention gouvernementale qu’après avoir atteint le dernier carré, portée jusque-là par ses performances sportives, mais aussi par le préfinancement de la Fédération dirigée à l’époque par feu Boniface Muawatadi. Cette expérience aurait dû servir de leçon. Les dirigeants actuels savaient donc que l’État congolais ne place pas systématiquement le basketball au même niveau de priorité que le football senior.


Dès lors, une question s’impose : qu’a concrètement fait l’actuel Comité exécutif de la FEBACO pour éviter que les Léopards ne se retrouvent, une nouvelle fois, dans cette situation ?


Dans un pays où le football senior demeure le sport roi et concentre l’essentiel de l’attention politique, médiatique et financière, l’intelligence d’une structure dirigeante devrait précisément consister à s’adapter à cette réalité. Même les sélections nationales de football d’âge connaissent régulièrement des difficultés d’accompagnement. Pourquoi le basketball aurait-il attendu de l’État une réaction différente sans mettre en place, en amont, des mécanismes alternatifs de financement ?

Le problème est donc aussi celui de la prévision

Une fédération qui connaît les échéances internationales plusieurs mois à l’avance doit être capable de préparer un plan de financement, de démarcher les entreprises, de rechercher des partenaires, de travailler sur la visibilité de ses équipes nationales et de construire une véritable stratégie de communication. Dans un environnement où les disciplines qui bénéficient d’une bonne exposition médiatique parviennent plus facilement à attirer des soutiens, la question de la réputation et de la visibilité du basketball congolais mérite d’être posée.


Depuis la dernière élection, controversée, du Comité exécutif de la FEBACO, quelle stratégie a réellement été déployée pour redonner au basketball congolais l’image et l’attractivité qu’il avait autrefois ?


La discipline reste pourtant l’une des plus populaires du pays, avec le football et le judo. Mais cette popularité historique ne suffit plus. Elle doit être entretenue par des compétitions régulières, une communication professionnelle, une meilleure valorisation des joueurs et des sélections nationales, ainsi qu’une politique de développement capable d’intéresser les partenaires privés.


La RDC dispose aujourd’hui de salles et d’infrastructures qui faisaient autrefois cruellement défaut au basketball. Le contexte devrait donc être plus favorable qu’hier. Pourquoi, malgré ces avancées, la discipline peine-t-elle encore à susciter un accompagnement conséquent ?


Autre interrogation : que sont devenus les moyens générés lors des précédentes missions et campagnes internationales ? Ont-ils été suffisamment capitalisés pour constituer une réserve destinée aux prochaines échéances ? Une fédération sérieuse doit pouvoir rendre compte de ses prévisions, de ses recettes, de ses dépenses et de sa stratégie financière. La transparence n’est pas une attaque contre les dirigeants : elle est une exigence de bonne gouvernance.


Il faut également regarder la réalité territoriale en face. Le basketball congolais ne semble réellement viable que dans une poignée de ligues provinciales, alors que le pays en compte onze. Cette concentration géographique pose une question fondamentale sur la politique de développement de la FEBACO et sur son respect des textes régissant l’organisation sportive nationale.


Le gouvernement n’est évidemment pas exempt de reproches. Le déséquilibre manifeste en faveur du football senior est une réalité que personne ne peut ignorer. Une sélection nationale qui représente le pays dans une compétition mondiale mérite un minimum de considération et de soutien.


Mais une fédération ne peut pas attendre passivement que le gouvernement vienne sauver son équipe à chaque échéance.


La FEBACO devait anticiper. Elle devait convaincre. Elle devait mobiliser. Elle devait construire une image suffisamment forte pour que le basketball devienne un investissement intéressant pour les pouvoirs publics et les partenaires privés.


Aujourd’hui, les Léopards risquent de payer le prix de cette absence d’anticipation. La perte d’une partie de l’effectif habituel, faute de garanties et de prise en charge, est déjà un signal inquiétant. Ce ne sont pas seulement des joueurs qui manquent à l’appel : c’est une campagne de qualification pour une Coupe du Monde qui risque d’être compromise.


Le véritable débat ne devrait donc pas être uniquement : "Pourquoi l’État n’a-t-il pas financé les Léopards ?"


Il devrait aussi être :  "Pourquoi la FEBACO n’a-t-elle pas tout fait pour que l’absence de financement public ne condamne pas sa sélection nationale ?"


Car lorsqu’une même difficulté se répète, elle cesse d’être une surprise. Elle devient un risque connu. Et lorsqu’un risque est connu, la responsabilité des dirigeants est précisément de l’anticiper.


Le basketball congolais mérite mieux qu’une gestion au gré des urgences. Les Léopards méritent mieux que de voyager comme un simple club. Et la République démocratique du Congo mérite une fédération capable de transformer le potentiel de cette discipline en véritable projet sportif national.


Charles Masudi 

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