La gestion de la compagnie nationale Congo Airways est au cœur d’un rapport d’enquête accablant transmis au sommet de l’État. Dans une correspondance adressée au Président de la République et à la Première ministre, la ministre du Portefeuille a communiqué les conclusions d’une commission d’enquête mixte sur la situation de la société publique.
Cette commission, composée du Cabinet du Portefeuille, de l’Inspection générale des finances (IGF), du Conseil supérieur du Portefeuille et de l’Autorité de l’aviation civile, a mené ses investigations au sein de Congo Airways du 29 décembre 2025 au 9 janvier 2026.
Des irrégularités graves relevées
Selon le rapport, les enquêteurs ont identifié “une accumulation d’actes et d’omissions constitutifs de fautes graves et caractérisées de gestion”, imputables à la direction actuelle de l’entreprise mais aussi à certaines équipes précédentes.
Parmi les faits les plus préoccupants figurent notamment des violations des procédures légales et réglementaires, en particulier dans la passation des marchés publics et la conclusion de contrats de leasing d’aéronefs. La commission relève par exemple l’absence totale de plans de passation des marchés pour plusieurs exercices, y compris pour l’année 2025.
Elle pointe également la signature de contrats internationaux sans avis préalable de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP), ainsi que des autorisations administratives intervenues après les engagements contractuels et financiers.
Plus de 2 millions USD engagés sans garanties
Le rapport évoque aussi des engagements financiers jugés imprudents, non sécurisés et sans contrepartie opérationnelle. Au total, 2 052 838,58 dollars américains auraient été immobilisés dans des opérations jugées irrégulières.
Parmi ces montants figurent 647 838,58 USD payés pour des frais d’assurance sans mise à disposition effective d’un avion, ainsi que 1 150 000 USD versés dans le cadre d’une opération de leasing d’un Airbus A320 en provenance d’Afrique du Sud. Dans ce dossier, 450 000 USD ont été transférés à la société Allegiance Capital, qui n’était pas propriétaire de l’appareil, tandis que 700 000 USD ont été placés dans un compte séquestre sans livraison de l’aéronef.
La commission signale également le versement de 255 000 USD comme avance de dépôt pour un avion en provenance des États-Unis, somme qui pourrait être perdue dans une affaire présumée d’escroquerie déjà portée devant les juridictions compétentes.
Une gestion administrative et financière défaillante
Au-delà des engagements financiers, les enquêteurs dénoncent une gestion contractuelle et patrimoniale jugée défaillante, avec des risques élevés de contentieux judiciaires et de pertes financières importantes pour l’entreprise.
La commission pointe aussi une gestion irrégulière des ressources humaines, marquée par des effectifs jugés pléthoriques par rapport au niveau réel d’exploitation, des recrutements opérés sans procédure formalisée et la prolongation de contrats de sous-traitance arrivés à expiration.
Le rapport souligne en outre l’absence de pilotage stratégique et financier, caractérisée notamment par une sous-capitalisation chronique, une comptabilité non tenue ou non certifiée sur plusieurs exercices et un endettement élevé alors même que les activités opérationnelles de la compagnie restent fortement réduites.
Des problèmes structurels hérités, mais aggravés
La commission reconnaît que certaines difficultés structurelles, notamment la sous-capitalisation, l’endettement excessif et la pléthore des effectifs, sont héritées de gestions antérieures. Toutefois, elle estime que la direction actuelle n’a pas pris les mesures correctives nécessaires.
Au contraire, selon les enquêteurs, la situation financière, juridique et opérationnelle de la compagnie se serait davantage détériorée.
Vers une refonte de la gouvernance
Au regard de ces constats, la commission recommande une réévaluation complète de l’équipe dirigeante de Congo Airways et, le cas échéant, un changement de l’organe exécutif.
Elle préconise également l’élaboration d’un plan de relance cohérent, assorti d’une nouvelle gouvernance fondée sur des contrats de performance, un renforcement des mécanismes de contrôle et une obligation stricte de reddition des comptes.
Ce plan devrait notamment inclure une recapitalisation de la société par les actionnaires, la restructuration de la dette, la mise en place d’un fonds de roulement adéquat et la remise en service effective de deux avions de type Airbus A320.
Pour l’État congolais, actionnaire majoritaire de la compagnie, l’enjeu est désormais de restaurer la crédibilité de l’entreprise et de créer les conditions d’une relance durable de la compagnie nationale.
Le Tremplin