Alors que le gouvernement congolais a annoncé la réhabilitation et la modernisation de treize aéroports provinciaux, celui de Beni-Mavivi, pourtant déclaré prioritaire à deux reprises lors des Conférences des gouverneurs, brille par son absence. Une omission qui suscite incompréhension et interrogations dans le Nord-Kivu.
Le programme gouvernemental de réhabilitation des infrastructures aéroportuaires provinciales suscite déjà des interrogations. Annoncé le 29 octobre 2026 par le ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement, sous la responsabilité de Jean-Pierre Bemba, ce projet prévoit la modernisation, la réhabilitation ou la construction de treize aéroports à travers le pays, sur financement du Trésor public.
Présentée comme une avancée majeure dans la politique nationale de désenclavement portée par le président Félix Tshisekedi, cette initiative entend renforcer la connectivité entre les provinces. Cependant, une absence retient particulièrement l’attention : celle de l’aéroport de Beni-Mavivi, au Nord-Kivu.
Pourtant, au regard des engagements pris lors des deux dernières Conférences des gouverneurs, cette infrastructure figurait parmi les priorités urgentes du gouvernement central.
Treize aéroports retenus, quatre entreprises désignées
Selon la répartition communiquée par le ministère, quatre entreprises ont été retenues pour exécuter les différents travaux.
Safricas interviendra sur les aéroports de Boende, Kalemie et Kikwit. Safrimex prendra en charge cinq plateformes, notamment Bandundu, Bumba, Lisala, Tshikapa et Matadi.
De son côté, Sokerico exécutera les travaux à Gbadolite et Buta-Zega, tandis que Modern Construction sera chargée des infrastructures de Gemena, Mbandaka et Muanda.
Au total, treize aéroports sont concernés par ce programme. Mais aucun ne se trouve dans la province du Nord-Kivu. L'absence de Beni-Mavivi soulève ainsi des questions sur les critères ayant guidé la sélection des infrastructures bénéficiaires.
Cette situation surprend d'autant plus que la population de Beni s'est déjà mobilisée pour contribuer à la réhabilitation de sa piste, notamment grâce aux taxes prélevées sur les activités commerciales du café et du cacao, avec l'appui du gouvernement provincial. Des efforts qui ont permis une réouverture partielle de l'infrastructure.
Beni-Mavivi, une priorité pourtant validée à deux reprises
L'absence de Beni-Mavivi dans le programme annoncé contraste avec les recommandations formulées lors des Conférences des gouverneurs.
En juin 2025, à Kolwezi, lors de la 12ᵉ session de cette instance présidée par le chef de l'État, la Commission Reconstruction et Infrastructures avait recommandé la construction ou la réhabilitation de trois aéroports, dont celui de Beni, qualifié d'« urgence », ainsi que ceux de la Mongala et du Sankuru, avec une échéance fixée à juin 2026.
Cette orientation avait été adoptée en plénière et intégrée dans la feuille de route officielle.
Quelques mois plus tard, lors de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs tenue à Bandundu du 24 au 27 mars 2026, la question est revenue avec insistance. Face à la dégradation de la situation sécuritaire dans l'Est du pays, les recommandations finales appelaient à accélérer la réhabilitation et la construction des aéroports de Beni, toujours présenté comme une urgence, mais également de Gemena, Lisala, Tshikapa et Lodja.
Deux sessions successives, deux recommandations explicites. Pourtant, dans la programmation annoncée le 29 octobre, Beni-Mavivi reste absent.
Un arbitrage gouvernemental qui interroge
La comparaison entre les recommandations de Bandundu et la liste des treize infrastructures retenues révèle un décalage important.
Sur les cinq aéroports expressément cités en mars 2026, seuls Gemena, Lisala et Tshikapa figurent dans le nouveau programme. Beni et Lodja n'ont pas été retenus, alors que le premier avait été désigné comme une priorité urgente à deux reprises.
Par ailleurs, plusieurs autres plateformes, qui ne figuraient pas dans cette recommandation spécifique, ont été intégrées au programme.
Quels critères ont donc présidé à cet arbitrage ? Sur quelles bases certaines infrastructures ont-elles été retenues au détriment d'autres ? À ce stade, aucune explication officielle détaillée n'a été rendue publique.
Un enjeu stratégique pour le Nord-Kivu
Pour la région de Beni, l'aéroport de Mavivi représente bien davantage qu'une simple infrastructure de transport.
Dans un contexte marqué par l'insécurité et les conflits armés dans l'Est de la RDC, une plateforme aéroportuaire opérationnelle constitue un outil stratégique pour le déplacement des personnes, le transport des équipements, l'acheminement de l'aide humanitaire et les évacuations médicales.
Elle représente également un levier économique important pour une région dont les activités reposent notamment sur le commerce du café, du cacao et des produits agricoles.
Lors de son passage à Beni, il y a quelques semaines, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, avait d'ailleurs salué les efforts entrepris localement et souligné la nécessité pour le gouvernement central d'accompagner les initiatives de la population et des autorités provinciales. Un soutien qui, jusqu'à présent, ne semble pas se traduire dans le programme aéroportuaire récemment annoncé.
Des zones d'ombre sur les marchés et le financement
Au-delà de l'absence de Beni-Mavivi, plusieurs questions de gouvernance restent sans réponse.
La première concerne la procédure de sélection des quatre entreprises chargées des travaux. S'agit-il d'appels d'offres ouverts, restreints ou de marchés de gré à gré ? Sollicités sur cette question, les services du ministère des Transports n'avaient pas encore communiqué les précisions attendues au moment de la publication de ces informations. L'Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) a également été saisie.
La deuxième interrogation porte sur le respect des engagements pris lors des Conférences des gouverneurs. Comment expliquer qu'une priorité inscrite dans deux feuilles de route validées par le chef de l'État ne figure pas dans le programme présenté plusieurs mois plus tard ? L'échéance de juin 2026 fixée pour Beni étant déjà dépassée, quel nouveau calendrier est envisagé ?
Enfin, qu'en est-il du financement de l'aéroport de Beni-Mavivi ? Une enveloppe spécifique est-elle prévue dans un autre programme gouvernemental ou cette infrastructure a-t-elle simplement été écartée ?
Les autorités provinciales du Nord-Kivu affirment, pour leur part, n'avoir été associées à aucune consultation depuis la dernière Conférence des gouverneurs, pas même pour la transmission des données techniques relatives à l'aéroport.
La crédibilité des engagements en question
L'affaire Beni-Mavivi dépasse désormais le seul cadre des infrastructures aéroportuaires. Elle pose la question de la cohérence entre les engagements pris par le pouvoir central et leur traduction dans les politiques publiques.
La Conférence des gouverneurs, conçue comme un cadre de concertation et de partenariat entre Kinshasa et les provinces, doit pouvoir garantir le suivi effectif de ses recommandations.
À Beni, où la population a déjà consenti des efforts financiers pour remettre sa piste en état, l'attente est désormais tournée vers le gouvernement central. L'urgence a été reconnue, les recommandations ont été adoptées, mais les travaux attendent toujours un accompagnement national à la hauteur des enjeux.
Le ministère des Transports est donc attendu sur une clarification : Beni-Mavivi est-il toujours une priorité nationale ou a-t-il été définitivement écarté du programme de modernisation des aéroports provinciaux ?
Le Tremplin
