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Dette publique en RDC: une soutenabilité qui masque une vraie question de l'utilisation des fonds (CEGFT)

 


Dette publique en RDC : soutenable, certes, mais pour quels résultats ? Alors que la Direction générale de la Dette publique assure que l’endettement de la RDC reste largement en dessous des seuils critiques, le Centre d’Études sur la Gouvernance Financière et la Transparence (CEGFT) soulève une question essentielle : que fait réellement l’État congolais des milliards de dollars empruntés depuis 2018 ? Dans cette note technique à découvrir ci-dessous dans son intégralité, le CEGFT appelle à dépasser le simple débat sur la soutenabilité de la dette pour interroger son efficacité, sa traçabilité et son impact réel sur la transformation de l’économie congolaise.


NOTE TECHNIQUE

Dette publique en RDC: une soutenabilité qui masque une vraie question de l'utilisation des fonds

INTRODUCTION

Le récent communiqué de la Direction Générale de la Dette Publique(DGDP) affirme que la dette de la République Démocratique du Congo demeure soutenable, avec des indicateurs largement en dessous des seuils prudentiels.

La dette publique représente environ 10,5 % du PIB (seuil 35%), largement en dessous des seuils critiques. Mais derrière cette stabilité apparente, une interrogation gagne du terrain dans l’opinion : « La dette est soutenable, certes. Mais est-elle utile ? »

A première vue, les chiffres placent la RDC dans une position confortable. Pourtant, cette lecture pose un problème fondamental « la soutenabilité n’est pas une preuve de bonne gestion économique ». Elle ne répond pas à la question centrale que se posent aujourd’hui les congolais : que fait réellement l’Etat Congolais avec l’argent emprunté ? 

Une dynamique d’endettement rapide : plus de 13 milliards de dollars en 7 ans

En décembre 2018, la dette publique de la RDC s’élevait à 5,15 milliards USD. À mi-2026, elle dépasse 18 milliards USD. En sept ans, le pays a donc contracté plus de 13 milliards USD supplémentaires. Cette évolution traduit une capacité accrue de l’État à mobiliser des financements. Mais elle pose une question fondamentale : « Pourquoi cette montée en puissance de la dette ne s’accompagne-t-elle pas d’une transformation économique visible à la même échelle ? ».

Une économie qui ne reflète pas l’effort d’endettement

Malgré cette progression, l’industrialisation reste limitée, les infrastructures structurantes progressent lentement, le tissu productif demeure fragile, la transformation locale des ressources naturelles reste marginale. Le décalage entre endettement et résultats économiques devient de plus en plus perceptible.

Le débat biaisé par la seule “soutenabilité”

Le discours officiel repose sur un argument technique : les ratios de dette sont faibles, donc le pays est en sécurité, mais cette lecture est incomplète. La soutenabilité répond à une seule question : « Peut-on rembourser ? », mais elle ne répond pas à la plus importante, c’est-à-dire : « Pourquoi s’endette-t-on ? Et avec quels résultats ? ». Une dette peut être soutenable et inefficace en même temps.

Cette approche repose sur une logique classique, c’est-à-dire tant que les ratios sont faibles, la dette est acceptable. Mais on oublie souvent d’évoquer les limites de l’approche de la soutenabilité. Dans cette analyse, nous allons évoquer trois limites majeures :

La soutenabilité est statique

Elle regarde la capacité actuelle de remboursement, mais pas la qualité des investissements financés et leur rentabilité économique future. 

Elle dépend du PIB (et donc des matières premières)

Dans cette limite, un choc sur les prix des minerais peut directement réduire le PIB et détériorer brutalement les ratios.

La Soutenabilité ignore le rendement de la dette

Selon John Maynard Keynes et d’autres économistes post-keynésiens, l’emprunt public est totalement légitime s’il est affecté à des dépenses d’investissement. Ces investissements créent des capacités de production, stimulent la croissance future et augmentent le PIB, ce qui permet mécaniquement d’augmenter les recettes fiscales de demain pour rembourser la dette sans effort excessif. A l’inverse, s’endetter pour financer des dépenses de fonctionnement courant(les salaires, les subventions de consommation) est jugé insoutenable. 

Le cœur du problème : l’utilisation de la dette

Le véritable débat n’est pas le volume de la dette, mais plutôt son efficacité économique. Deux réalités coexistent aujourd’hui : une dette encore faible en proportion du PIB ; un impact économique difficilement perceptible.

Cela suggère une hypothèse préoccupante : "une partie de la dette finance davantage le fonctionnement que la transformation". Dans ce contexte, une question revient avec insistance : « Où est passé l’argent emprunté depuis 2018 ? ». Ce n’est pas une question politique, plutôt une exigence de transparence et de bonne gouvernance. Pour y répondre, plusieurs actions s’imposent :

Publier les projets financés par la dette ; Evaluer leur impact réel ; Auditer l’utilisation des fonds empruntés. 

Un risque réel, mais encore évitable

La RDC n’est pas aujourd’hui en situation de surendettement, mais elle pourrait le devenir si les pratiques actuelles persistent. Trois risques se dessinent : Accumulation de dette sans création de richesse ; Pression croissante sur le budget futur ; Vulnérabilité accrue aux chocs externes. Donc, le danger n’est pas immédiat. Il est progressif.

 Changer de paradigme : de la soutenabilité à la performance

Le pays doit faire évoluer son approche. Il ne s’agit plus seulement de vérifier que la dette est soutenable, mais de s’assurer qu’elle est productive. Cela implique :

une sélection rigoureuse des projets ; une orientation vers des secteurs à fort impact (énergie, transport, agriculture, numérique) ; une culture d’évaluation des résultats. 

Conclusion 

La RDC dispose encore d’une marge de manœuvre. C’est une opportunité, mais cette opportunité peut devenir un piège si elle n’est pas bien utilisée. La soutenabilité protège le présent, mais l’utilisation de la dette détermine l’avenir. Le vrai test n’est donc pas le niveau de la dette, plutôt ce que le pays en fait.

Si les habitudes ne changent pas, la dette restera faible pendant une période, puis elle deviendra élevée et dangereuse. A l’inverse, bien utilisé cette même dette peut transformer l’économie, financer les infrastructures clés et créer une croissance durable. La dette n’est pas un problème en soi, mais son inefficacité, oui. 


Produit par l’équipe du Centre d’Études sur la Gouvernance Financière et la Transparence (CEGFT)

Siège social : N°120, avenue Tshela, Quartier Djelo, Commune de Kinshasa, RDC

Téléphone : +243 99 57 49 259

Adresse électronique : info@cegft.com

cegft.asbl@yahoo.com

https://cegft.com





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