Type Here to Get Search Results !

Affaire Willy Leyiba à Ngaba : le bourgmestre Aimé Francis Lolinga suspendu

 

Le dossier Willy Leyiba prend une nouvelle tournure. Quelques jours après la diffusion massive d’une vidéo montrant l’interpellation du conseiller communal de Ngaba alors qu’il exerçait une mission de contrôle, le ministère de l’Intérieur vient d’ordonner des mesures conservatoires contre le bourgmestre de cette commune.


Dans un message officiel référencé N°25/CAB/VPM/MININTERSEDECAC/SLBJ/NLJM343/2026, le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Shabani Lukoo Bihango, enjoint aux autorités compétentes de prendre une mesure conservatoire consistant en l’ouverture d’une action disciplinaire, suivie d’une suspension préventive du bourgmestre de la commune de Ngaba.


Le document évoque des « manquements graves dans l’exercice de ses fonctions », sans toutefois détailler, dans le message transmis, l’ensemble des griefs retenus contre l’autorité communale.

Retour sur une affaire qui avait fait polémique

Cette décision intervient dans le prolongement d’une affaire qui avait suscité une vive polémique à Ngaba.


Une vidéo devenue virale montrait le conseiller communal Willy Leyiba confronté à des policiers et à des agents communaux alors qu’il procédait, selon les éléments rapportés, à un contrôle portant sur les fiches de prospection parcellaire vendues à la population.


Le conseiller communal soutenait agir dans le cadre de ses fonctions et disposait, selon les informations communiquées, d’un ordre de mission délivré par le Conseil communal de Ngaba.


Le contrôle portait notamment sur les montants exigés à la population pour les fiches de prospection parcellaire, certains montants étant présentés comme différents de ceux fixés par le Conseil communal. La question de la traçabilité des recettes perçues dans le cadre de cette opération avait également été soulevée.


C’est dans ce contexte que l’interpellation de l’élu communal avait provoqué de nombreuses réactions.

Le statut du conseiller communal au cœur du débat

L’affaire avait également remis sur la table la question des rapports entre le bourgmestre et le Conseil communal.


Une partie de l’opinion locale semblait considérer le bourgmestre comme le supérieur hiérarchique du conseiller communal et, par conséquent, comme celui pouvant empêcher ce dernier de contrôler son action.


Or, les règles régissant les entités territoriales décentralisées organisent précisément une séparation des rôles entre les différents organes locaux.


L’article 120 du texte relatif au statut judiciaire des autorités des entités territoriales décentralisées prévoit notamment des garanties particulières pour les conseillers urbains, communaux, de secteur et de chefferie dans l’exercice de leurs fonctions.


Dès lors, la question n’était pas simplement de savoir qui du bourgmestre ou du conseiller communal avait « autorité » sur l’autre. Elle concernait surtout le respect des compétences institutionnelles et des procédures prévues par la loi.

Une réponse administrative qui relance le dossier

Avec la décision du ministère de l’Intérieur, le dossier franchit désormais une nouvelle étape.


Le vice-Premier ministre demande l’ouverture d’une action disciplinaire et ordonne qu’elle soit suivie d’une suspension préventive du bourgmestre de Ngaba.


Cette mesure, qui intervient à titre conservatoire, ne saurait à elle seule être assimilée à une condamnation définitive. Elle ouvre plutôt la voie à une procédure destinée à établir les faits, déterminer les responsabilités éventuelles et permettre à l’autorité compétente de tirer les conséquences qui s’imposent.


Elle constitue néanmoins un signal institutionnel important : les autorités locales ne peuvent exercer leurs fonctions en dehors du cadre légal qui leur est assigné.

La justice et les institutions face à leurs responsabilités

Dans son précédent article, Le Tremplin appelait déjà la justice et les institutions compétentes à intervenir afin que la lumière soit faite sur cette affaire.


La décision du ministère de l’Intérieur vient donner une nouvelle dimension à cette exigence de clarification.


Il reste désormais à établir, dans le cadre de la procédure disciplinaire, les circonstances exactes de l’interpellation de Willy Leyiba, les responsabilités de chacun et la conformité des actes posés avec les textes régissant les institutions communales.


Au-delà du cas de Ngaba, cette affaire pose une question fondamentale pour la décentralisation en RDC : comment construire une véritable gouvernance locale si les mécanismes de contrôle sont perçus comme des affrontements personnels plutôt que comme des instruments de redevabilité ?


Le Conseil communal doit pouvoir exercer ses prérogatives. Le bourgmestre doit pouvoir administrer la commune dans les limites de ses compétences. La police doit agir conformément à la loi. Et la population doit pouvoir connaître l’utilisation des ressources qu’elle contribue à mobiliser.


À Ngaba, le dossier Willy Leyiba aura au moins permis de rappeler une évidence : dans une République, l’autorité ne se mesure pas à la capacité d’empêcher le contrôle, mais à la capacité de rendre compte de sa gestion.


La procédure disciplinaire annoncée permettra désormais de déterminer les faits et les responsabilités. La justice élève une nation. La redevabilité, elle, consolide ses institutions.


Le Tremplin 

Enregistrer un commentaire

0 Commentaires
* Please Don't Spam Here. All the Comments are Reviewed by Admin.

Below Post Ad