Le Fonds de Promotion de l'Industrie (FPI) a lancé une campagne invitant ses débiteurs à honorer leurs engagements ou à convenir d'un plan d'apurement. Sur le principe, cette démarche est légitime. Un fonds de développement ne peut continuer à financer de nouveaux projets si les anciens crédits ne sont pas remboursés. Le recouvrement est indispensable à la pérennité de l'institution.
Mais cette campagne soulève une question de fond : qui sont réellement les débiteurs du FPI ?
Depuis des années, l'opinion publique s'interroge sur la présence de nombreuses personnalités politiques parmi les bénéficiaires des financements du FPI. Or, par vocation, ce fonds est censé promouvoir l'industrie nationale, soutenir les entrepreneurs, accompagner les investisseurs et favoriser la transformation locale des matières premières. Pourquoi retrouve-t-on alors des acteurs politiques sur la liste des bénéficiaires, parfois au détriment d'opérateurs économiques dont les projets industriels auraient pu créer de la valeur et des emplois ?
Le véritable problème du FPI ne réside peut-être pas uniquement dans les difficultés de recouvrement. Il pourrait aussi se situer en amont, dans les critères de sélection des bénéficiaires. Lorsqu'un financement est accordé à un projet qui ne répond pas aux exigences économiques ou industrielles, les risques de non-remboursement augmentent naturellement. Un crédit ne peut être récupéré durablement que s'il finance une activité viable et productive.
L'histoire récente de la RDC offre des exemples qui alimentent cette réflexion. Sous le régime de Joseph Kabila, des tracteurs agricoles acquis avec des fonds publics pour stimuler l'agriculture avaient été distribués à des responsables politiques plutôt qu'à des agriculteurs. Ce constat, peu évoqué dans le débat public, illustre un problème récurrent : lorsque les ressources destinées au développement sont orientées vers des bénéficiaires qui ne sont pas les premiers concernés, les objectifs poursuivis risquent de ne pas être atteints.
Cette comparaison invite à une interrogation plus large : à quoi sert un fonds destiné à promouvoir l'industrie si les financements profitent à des personnes dont l'activité principale n'est pas industrielle ? Le FPI ne peut remplir pleinement sa mission que si les ressources sont orientées vers des projets crédibles, bancables et capables de générer une véritable activité économique.
Il est également souvent avancé que les dirigeants des établissements publics subissent des pressions de diverses natures dans l'attribution de certains financements. Ces pratiques fragilisent la gouvernance des institutions, compromettent la rentabilité des investissements et réduisent les chances de remboursement des crédits accordés.
Le développement d'un pays exige pourtant une autre approche. La politique devrait être d'abord une vocation au service de l'intérêt général, un engagement fondé sur le sacrifice et la responsabilité, et non un moyen d'accéder à des privilèges ou à des avantages économiques.
La campagne de recouvrement du FPI constitue donc une opportunité pour ouvrir un débat plus profond sur la gouvernance des financements publics. Recouvrer les créances est une nécessité. Mais prévenir les mauvais financements en sélectionnant les bénéficiaires selon des critères transparents, objectifs et exclusivement économiques demeure sans doute la meilleure garantie pour assurer la réussite de la politique industrielle de la République démocratique du Congo.
Le changement des mentalités est aujourd'hui aussi important que le remboursement des dettes. Sans une culture de responsabilité, de mérite et de bonne gouvernance, les mêmes erreurs continueront de se répéter, au détriment du développement national.
Le Tremplin
