Vital Kamerhe, ou le renoncement du Pacificateur
Le communiqué signé le 29 mai 2026 par Vital Kamerhe en faveur du projet de réforme constitutionnelle suscite de nombreuses réactions au sein de la classe politique congolaise. Parmi elles, celle d’Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale et acteur du Dialogue intercongolais, qui livre une critique sévère de la position adoptée par le président de l’UNC.
Dans cette tribune, Olivier Kamitatu estime que Vital Kamerhe engage davantage que son parti politique. Selon lui, l’ancien négociateur des accords de paix et premier président de l’Assemblée nationale de la Troisième République engage également son parcours politique et son héritage dans la construction de la paix en RDC.
Un silence jugé incompatible avec son rôle historique
L’auteur conteste l’argument avancé par Vital Kamerhe selon lequel son silence antérieur relevait d’une « réserve stratégique » guidée par l’intérêt supérieur de la Nation. Pour Olivier Kamitatu, cette attitude s’apparente plutôt à une renonciation face à un projet qu’il considère contraire à l’esprit de la Constitution.
Selon lui, invoquer l’intérêt national pour justifier une révision constitutionnelle dans le contexte actuel revient à soutenir une initiative essentiellement politique, susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel. Il estime que cette démarche entre en contradiction avec le rôle que Vital Kamerhe a longtemps revendiqué comme défenseur des institutions.
Une lecture contestée de l’histoire constitutionnelle
L’opposant rejette également l’argument selon lequel la Constitution de 2006 serait un texte conçu pour une période de transition. Il rappelle que la transition politique était encadrée par la Constitution de 2003 issue des accords de Sun City, tandis que la Constitution de 2006 a marqué la naissance de la Troisième République après son adoption par référendum.
L’ancien dirigeant du MLC affirme que les principaux acteurs du processus de paix, parmi lesquels figuraient Vital Kamerhe, Azarias Ruberwa et lui-même, ont travaillé à construire un consensus national destiné à mettre fin aux conflits armés et à jeter les bases d’institutions démocratiques durables.
À ses yeux, présenter aujourd’hui la Constitution de 2006 comme un simple héritage de la transition constitue une déformation de l’histoire politique récente du pays.
La priorité devrait être la sécurité du territoire
Dans sa tribune, Olivier Kamitatu estime que les véritables défis de souveraineté auxquels fait face la RDC se trouvent dans l’Est du pays, où persistent les conflits armés et l’occupation de certaines zones par des groupes rebelles.
Il considère qu’une réforme constitutionnelle ne répond pas aux urgences sécuritaires actuelles et ne contribue pas à la reconquête des territoires sous contrôle de groupes armés. Selon lui, la priorité devrait être la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Un projet de réforme perçu comme facteur de division
L’ancien président de l’Assemblée nationale conteste également l’idée selon laquelle le changement constitutionnel permettrait de renforcer la stabilité institutionnelle. Il estime qu’un référendum organisé alors que certaines parties du territoire échappent au contrôle de l’État risquerait d’exclure une partie de la population congolaise du processus.
Pour Olivier Kamitatu, toute modification de la loi fondamentale dans un tel contexte pourrait accentuer les divisions plutôt que renforcer l’unité nationale.
"Une capitulation politique"
En conclusion, l’auteur considère que la position de Vital Kamerhe constitue une rupture avec les principes qui avaient guidé les négociations de paix et la mise en place de la Troisième République. Il juge que celui qui fut l’un des artisans du consensus national a choisi d’accompagner un projet qu’il considère comme contraire à cet héritage.
"Le Pacificateur a baissé pavillon", écrit-il, estimant que l’Histoire retiendra davantage ce qu’il présente comme un abandon de principes qu’un simple choix de circonstance.