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Tata Raphaël fermé : punition collective ou solution facile?

 

Après la fermeture du stade des Martyrs de la Pentecôte, le stade Tata Raphaël de la Kethule était devenu le dernier recours pour l’organisation des rencontres de la Ligue 1 et de la Ligue 2 à Kinshasa. Ce stade mythique vient à son tour d’être fermé par le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, à la suite des incidents répétés qui émaillent les matchs qui s’y déroulent.


La décision fait suite, notamment, aux violences survenues lors de la rencontre entre l’AS V. Club et les Aigles du Congo. Un penalty jugé imaginaire par une partie du public avait suffi à mettre le feu aux poudres : envahissement de l’aire de jeu, destruction des panneaux publicitaires et actes de vandalisme, occasionnant des dégâts matériels importants. Des scènes devenues tristement récurrentes dans le football congolais.


Si la mesure du ministre est saluée par certains comme un acte d’autorité face à l’incapacité des clubs à encadrer leurs supporters, elle soulève toutefois de sérieuses interrogations. En sanctionnant la fermeture du seul stade encore opérationnel dans la capitale, le pouvoir public pénalise indistinctement toutes les équipes, y compris celles dont les supporters font preuve de discipline et de civisme.


En droit, l’infraction est individuelle. La responsabilité pénale ne saurait être collective. Or, en fermant le stade Tata Raphaël, l’État choisit une sanction globale qui frappe l’ensemble du football national et kinois en particulier, sans distinction entre les fauteurs de troubles et les clubs respectueux des règles. Une approche qui va à l’encontre des principes fondamentaux de justice.


Plutôt que de sanctionner en bloc, le ministère des Sports, représentant de l’autorité publique, devrait exiger l’ouverture d’enquêtes sérieuses afin d’identifier, poursuivre et sanctionner les véritables auteurs de ces actes de vandalisme. C’est à ce prix que l’impunité pourra être brisée et que ces comportements seront durablement découragés.


D’autant plus que plusieurs facteurs de troubles sont connus et documentés depuis longtemps : défaillance du dispositif sécuritaire, absence de contrôle efficace à l’entrée des stades, manque de sanctions exemplaires contre les supporters violents. Ces dérives ont été dénoncées à maintes reprises, sans que l’État ne prenne pleinement ses responsabilités.


Se priver de stades, suspendre les compétitions ou évoquer des matchs à huis clos, voire l’arrêt pur et simple du football, revient à faire payer au sport congolais les propres manquements de l’État dans l’organisation et la sécurisation des événements sportifs. Une fuite en avant qui menace l’avenir des clubs, des joueurs et des milliers de supporters pacifiques.


La lutte contre la violence dans les stades est nécessaire. Mais elle ne peut être efficace que si elle est ciblée, juste et fondée sur le respect du droit. À défaut, les décisions hâtives risquent de fragiliser davantage un football déjà en crise, au lieu de le sauver.


Le Tremplin 


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