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"La guerre est finie" : la déclaration de Nangaa qui sème la confusion

La déclaration est aussi solennelle que déroutante. Dans le meeting tenu vendredi à Goma, Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, a affirmé que "la guerre est désormais finie", annonçant l’entrée dans une nouvelle phase axée sur la reconstruction et le développement, notamment à Goma et dans l’ensemble du Nord-Kivu.


Une annonce qui, loin de rassurer unanimement, a surtout semé la confusion et suscité une vague de réactions critiques sur les réseaux sociaux, tant le contraste est saisissant avec la réalité sécuritaire encore marquée par des tensions et des affrontements récents.

Une déclaration en décalage avec les faits du terrain

L’une des principales interrogations soulevées par les internautes et les observateurs concerne le timing de cette annonce. Moins de 48 heures avant cette déclaration, le camp de l’AFC/M23 et celui du gouvernement congolais se livraient encore à une bataille de communication autour des événements liés aux drones à l’aéroport de Kisangani, chacun revendiquant un avantage stratégique.


Dès lors, comment comprendre qu’une guerre présentée comme toujours active dans les discours et les revendications militaires puisse être déclarée "finie" du jour au lendemain, sans accord officiellement annoncé, ni cessez-le-feu formalisé, encore moins de mécanisme de vérification indépendant ?

Ballon d’essai politique ou discours assumé ?

Sur la toile, les lectures divergent. Pour certains analystes, cette sortie médiatique ressemble à un ballon d’essai, destiné à jauger les réactions nationales et internationales, dans un contexte où les discussions de paix se poursuivent à Doha. L’objectif serait alors de se positionner comme un acteur désormais tourné vers la gouvernance et la reconstruction, plutôt que vers la confrontation armée.


D’autres y voient au contraire un discours assumé, lourd de symboles, qui consacrerait une forme de fait accompli sur les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Les propos sur le fait que "le Nord-Kivu sera reconstruit par nous-mêmes" et que "le Congo sera reconstruit par nous-mêmes" sont perçus par certains comme une rhétorique ambiguë, alimentant la crainte, sensible dans l’opinion, d’une balkanisation de la RDC.

La balkanisation, une ligne rouge pour l’opinion congolaise

Toutefois, une frange importante de l’opinion rejette fermement cette hypothèse. Pour ces observateurs, la balkanisation de la RDC demeure politiquement et socialement intenable, tant le peuple congolais reste extrêmement sensible à toute atteinte à l’intégrité territoriale.


Dans cette lecture, la déclaration de Nangaa relèverait davantage d’une stratégie diplomatique, visant à renforcer sa position dans les négociations en cours, en projetant l’image d’un mouvement capable de garantir la stabilité et de porter un agenda de développement.

Une communication qui soulève plus de questions que de réponses

En définitive, cette prise de parole pose une question centrale : qui peut déclarer la fin d’une guerre en RDC, et sur quelle base ? En l’absence d’un accord politique clair, d’un cadre institutionnel reconnu et d’une adhésion formelle de toutes les parties prenantes, l’annonce de la fin des hostilités apparaît, au mieux, prématurée, au pire, source de confusion et de tension supplémentaire.


Alors que les discussions de paix se poursuivent et que la situation militaire demeure volatile, la déclaration de Corneille Nangaa illustre surtout la guerre des récits qui accompagne le conflit à l’Est du pays, une guerre de communication où chaque mot pèse lourd, tant pour l’opinion nationale que pour les équilibres diplomatiques régionaux.


Le Tremplin

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