La tension monte entre la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et la majorité présidentielle. Au lendemain de la déclaration de l’Union sacrée accusant certains évêques de se livrer à des actes de subversion en s’opposant à toute initiative visant à modifier la Constitution ou à réviser ses dispositions dites « verrouillées », le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a livré une réplique particulièrement ferme.
Dans une réaction sans détour, le prélat catholique a dit avoir ressenti un profond malaise à la lecture de la déclaration de la plateforme politique au pouvoir.
Je commencerai d'abord par dire le sentiment de pitié qui m'a habité en lisant cette déclaration, de ceux qui sont censés s'occuper de la population, en ce jour où on vient de certifier plus de mille cas de morts d'Ebola et en ce temps où la situation sécuritaire est ce qu'elle est. Donc pour eux ce n'est pas leur problème, a-t-il déclaré.
Une déclaration jugée "basse" et politiquement motivée
Mgr Nshole a également salué les personnalités de l’Union sacrée qui, selon lui, se seraient désolidarisées du contenu de cette prise de position.
Je commencerai par féliciter le courage de ceux parmi eux qui ont dit non, qui ont reconnu la bassesse de cette déclaration. Et je plains les catholiques qui ont jeté dans la poubelle leur instruction chrétienne, leur éducation, au profit du pouvoir, a-t-il ajouté.
Le secrétaire général de la CENCO a particulièrement dénoncé l’expression "quelques évêques" utilisée par l’Union sacrée pour qualifier les auteurs de la déclaration épiscopale. Pour lui, cette formulation vise à minimiser une position qui engage pourtant l’ensemble de l’épiscopat congolais.
Je perçois aussi dans cette déclaration une malhonnêteté intellectuelle quand on parle de "quelques évêques". Ce sont des députés, des sénateurs qui maîtrisent la notion du quorum. Si l'Assemblée nationale se réunit et que le quorum des députés est atteint, ils ne parlent pas de "quelques députés".
Tous les évêques étaient unanimes
Face aux accusations de subversion, Mgr Nshole assure que la position de la CENCO a été prise de manière collégiale et unanime.
Je vous rassure que tous les évêques qui étaient là étaient unanimes. Accuser la CENCO de subversion, pour moi c'est une diversion. Ce sont les mêmes personnes qui ont applaudi la même attitude, les mêmes mots, les mêmes phrases, quand il était question du président Kabila. C'est plutôt leur inconstance, là où la CENCO est restée constante.
Pour l'Église catholique, la priorité demeure la paix, la cohésion nationale et la préservation de l’unité du pays, a insisté le prélat.
Le pays va très mal. Le pays est en danger. Mettons-nous debout. Chacun doit faire ce qu'il peut pour réunifier le pays, pour ramener la paix. C'est la préoccupation majeure de la CENCO. Personne ne peut décourager les pasteurs à prendre leur bâton pastoral pour faire leur travail.
La question sensible de la balkanisation
Dans sa sortie médiatique, Mgr Donatien Nshole est allé plus loin en évoquant les conséquences que pourrait avoir un éventuel référendum constitutionnel dans le contexte sécuritaire actuel, marqué notamment par l’occupation de certaines zones de l’Est du pays par les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux.
Le secrétaire général de la CENCO s’est interrogé sur la pertinence d’un tel processus alors qu’une partie du territoire national échappe au contrôle de l’État.
Est-ce qu'il n'y a pas un deal entre le pouvoir de Kinshasa et le Rwanda, pour qu'eux restent à occuper la partie qu'ils occupent et qu'on les laisse tranquille ici pour évoluer comme ils veulent ? Parce que le référendum en ce moment consacre justement la balkanisation.
Selon lui, organiser une consultation populaire sans la participation effective des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu reviendrait à entériner leur exclusion du corps national.
La balkanisation, c'est reconnaître que quand on parle du peuple congolais qui ira au référendum sans compter le peuple du Nord et du Sud-Kivu, ça signifie qu'ils ne sont plus au Congo. Donc ce sont eux qui seraient en connivence avec Kagame.
Un nouveau front dans le débat constitutionnel
Cette passe d’armes entre la CENCO et l’Union sacrée intervient alors que le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Depuis plusieurs mois, les évêques catholiques mettent en garde contre toute modification des dispositions constitutionnelles considérées comme des garanties de stabilité démocratique, tandis que certains acteurs de la majorité plaident pour une réforme institutionnelle.
La réaction de Mgr Donatien Nshole confirme ainsi la détermination de la CENCO à maintenir sa position dans ce dossier qu’elle considère comme crucial pour l’avenir de la République démocratique du Congo.
Le Tremplin